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Présentation de hijab (voile) en Libye le 28 novembre 2011. Reuters/Mohammed Salem
Présentation de hijab (voile) en Libye le 28 novembre 2011. Reuters/Mohammed Salem

UMI: vers une Union du Maghreb Islamiste?

L'islamisme serait-il triomphant au Maghreb? L'Algérie ne semble pas concernée par cette vague verte, mais le régime peut-il garder la même posture à l'égard de ses islamistes?

 Les islamistes en charge des affaires courantes? Le PJD, parti pour la Justice et le développement, vient de signer le basculement du Maroc dans la sphère de la gouvernance islamiste. Ici il n’y a pas eu de révolution mais une négociation. C’est apparemment la mode: pour sauver sa peau le régime donne la gestion domestique du peuple aux islamistes et garde la main sur la rente, les portefeuilles de souveraineté, l’armée et les grands choix stratégiques. Le deal se dessine aussi en Egypte entre les Frères musulmans et l’armée. L’alliance est de mise aussi en Tunisie avec Ennahda. Rien de mieux pour sauver une monarchie (réelle ou faussement «républicaine») que ce contrat de sous-traitance avec les conservateurs. Et les conservateurs les plus organisés dans le monde arabe sont les islamistes. La seconde recette est de donner aux islamistes la majorité mais pas celle absolue. Juste ce qu’il faut pour qu’ils aient la responsabilité mais pas la totalité du pouvoir. Du coup, les chiffres pour les législatives marocaines apparaissent comme ceux d’un orfèvre: le G8 (alliance des libéraux monarchistes) a le second rôle, les islamistes du PJD sont les héros tièdes, les opposants du 20 février, le décor mort et le Roi, arbitre transcendant les questions des mortels.

Alger: une décennie noire pour rien?

Du coup, on se tourne tous vers l’Algérie. Que va faire ici le régime, pris en sandwich entre une Tunisie en barbe et un Maroc en barbichette et une Libye déjà soudée par la charia promise pour tous? On ne sait pas. Mais on se met presque à rêvasser sur un ancien cauchemar: tout ça pour ça? Explication: stopper les islamistes en conquête du pouvoir en Algérie, en 1992 a couté des milliards de dollars de pertes et fracas, 200.000 morts, officiellement, des milliers de disparus, dix ans de guerre et des dizaines de massacres à grande échelle. Le but, arriver à une Union du Maghreb Islamiste qui coince un régime militaire occulte, entre des barbus élus démocratiquement. Samedi 26 novembre, l’Algérie n’avait encore rien dit sur le cas voisin. Bouteflika aime bien les islamistes, avec qui il partage le sentiment doux d’avoir été victime de l’injustice (exclus du pouvoir en 1979), la piété de son âge finissant et l’amour des peuples assis et convertis au bigotisme, mais les militaires algériens y restent allergiques. En Algérie, la doctrine officielle est celle de la schizophrénie assumée: d’un coté la réconciliation nationale, «votée» par le peuple en 2005, amnistiant tout le monde au nom de personne; et de l’autre, la lutte anti-terroriste, vocation dernière de l’armée de libération nationale et ciment de son unité face à l’oisiveté. Bouteflika aiment les islamistes, ferme les bars, construit de grandes mosquées mais sur cette question, ce n’est pas lui qui décide et cela on le sait tous à Alger.

Le Sahel, une nouvelle rente stratégique

Du coup, que va faire Alger? Que va-telle dire? Féliciter ou pas? Se taire ou sourire? Grimacer ou se tourner vers le Sud? On ne sait pas. Avec les islamistes à gauche et à droite, la France au nord, il reste à Alger le sud. C’est sur la question du Sahel que le régime tente de se construire une nouvelle rente stratégique, en plus du pétrole et du gaz. Là, l’Occident a besoin d’un sous-traitant, d’un lutteur anti-terroriste et d’un allié qui centralise les efforts éparses des Etats de la région. Qui lève la main? C’est Alger, heureuse, trop, de ce sursis donné au dernier régime préhistorique de la région. La question du Sahel est d’ailleurs investie à fond par Alger. La télévision en parle sans cesse, la propagande officielle intoxique les journaux télévisés, les ministres en font campagne. C’est de l’emploi certain, en CDD peut-être, pour un régime qui apparait de plus en plus démodé et incapable de réformes vraies.

Sauf qu’avec la nouvelle Union du Maghreb islamiste, les théoriciens de la lutte anti-terroriste vont être mal. Cela va fonctionner un temps pour le Sahel, mais pas pour le nord. Que dire dans un pays où la doctrine du pouvoir repose sur l’effet barrage face au risque islamiste et les crises cycliques avec la France? Qu’on a fait une guerre civile pour rien? Ou que les islamistes sont les nouveaux amis mais chez les amis et pas chez soi? Ou que le Maghreb c’est fini? Ou que l’Algérie ne se trouve pas en Afrique du nord mais près du Japon?

Que faire des islamistes algériens?

Jusqu’à hier, on n’en savait rien. Pas de déclarations, ni d’intentions, ni de commentaires officiels. Silence. Comme celui qui a suivi la fuite de Ben Ali, la révolte en Libye, la chute de Moubarak. Sur la carte, il y a désormais deux pays, des République-Monarchie qui tiennent encore contre le vent: la Syrie et l’Algérie. Avec des différences dans le crime et le châtiment. Pour le Maghreb? On sourit déjà devant l’ironie de l’Histoire dans cette région. La question est au bout du raisonnement logique: que va faire Alger de ses islamistes soft? Que feront ces islamistes qui ont été domestiqués par le pouvoir ? Les islamistes algériens se posent d’ailleurs la même question. Opportunistes de seconde génération, ils ont misé sur le mauvais cheval, celui du régime qu’ils ont épousé trop tôt, avant la Révolution. Ghanouchi, le leader d'Ennahda n'a pas fait la même erreur.

Kamel Daoud

 

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Kamel Daoud

Kamel Daoud est chroniqueur au Quotidien d’Oran, reporter, écrivain, auteur du recueil de nouvelles Le minotaure 504 (éditions Nadine Wespieser).

Ses derniers articles: Djihadistes, horribles enfants des dictatures!  Verbes et expressions du printemps arabe  Le 11-Septembre de l'Algérie 

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