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Swaziland - Où sont les pauvres?

Au Swaziland, il y aurait moins de pauvres aujourd’hui qu’il y a dix ans. C’est ce que rapporte en effet une étude du Bureau central des statistiques du ministère de la Planification économique et du Développement swazi, publiée le 4 mars 2011. Ainsi que le souligne le site IRIN:

«La proportion de la population swazie définie comme pauvre est passée de 69% en 2000-2001 à 63% en 2009-2010 [...] 641.000 personnes vivaient avec moins de 2 dollars américains par jour (1,4 euros) —le seuil de pauvreté international—  en 2009-2010, contre 678.500 en 2000-2001.»

Des résultats surprenants pour ce petit pays coincé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, et dont le taux de chômage frôle les 40%. Mais un professionnel de l’assurance qui exerce à Mbabane, la capitale, doute de la cohérence de tels résultats:

«Chaque année, la Banque Centrale indique que cette différence [entre croissance économique et croissance démographique] correspond à une détérioration des conditions de vie du Swazi moyen. Tous les indicateurs économiques sont en déclin depuis 10 ans.»

La diminution de la population pauvre ne représente que la partie émergée de l’iceberg, puisqu’en 10 ans, c’est l’évolution démographique dans son ensemble qui a ralenti, conjointement à une mortalité accrue des victimes du sida.

Le Swaziland est actuellement le pays le plus touché par le VIH: selon le World Factbook de la CIA, 25,9% de la population serait contaminée. Et en l’espace d’une décennie, l’espérance de vie a chuté de 61 à 32 ans, avec un âge moyen de 20,3 ans.

«J’aimerais pouvoir dire que 6% de la population est sortie de la pauvreté parce qu’elle a réussi à améliorer ses conditions économiques, mais malheureusement, si l’augmentation démographique est d’un tiers de moins que prévu, c’est à cause du sida et de l’incapacité des pauvres à accéder aux soins de santé et à prévenir les décès infantiles», explique Alicia Simelane, spécialiste de l’évolution démographique du Swaziland.

Des initiatives ont été prises par le gouvernement swazi pour prémunir la population contre les risques de contamination. Citant l’AFP, le site suisse Romandie rapporte:

«Le royaume a lancé cette semaine (du 27 février 2011) une campagne massive pour circoncire 160.000 hommes âgés de 15 à 49 ans, plusieurs études ayant montré que l’excision du prépuce diminue de plus de 50% le risque de contamination par le virus VIH.»

En Angleterre, à l'occasion de la journée internationale de la femme (le 8 mars), des représentants du gouvernement du Pays de Galles rencontreront Siphiwe Holphe, co-fondatrice de l’association Positive Women. D’origine swazie, elle est atteinte du sida et s'est exilée en Angleterre après avoir été rejetée par sa famille.

Sa maladie et ses racines sont devenues le fer de lance de sa campagne de prévention contre le virus et de défense des droits de la femme au Swaziland. Elle insiste sur la nécessité de changer ces «terribles statistiques»:

«Je ne laisserai pas des femmes, des enfants, des hommes de mon pays mourir en vain. Mes semblables swazis changeront tout ça. Nous avons de la force et du courage, il nous manque juste un soutien pour y arriver.»

Lu sur IRIN, CIA.gov, Romandie, Walesonline