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Un Touareg devant une mosquée datant du XIIIe siècle à Tombouctou. © Luc Gnago/ Reuters
Un Touareg devant une mosquée datant du XIIIe siècle à Tombouctou. © Luc Gnago/ Reuters

Une nouvelle rébellion touarègue menace le Mali

Depuis la création du Mouvement national de libération de l'Azawad, le gouvernement malien prend au sérieux l'hypothèse d'une réactivation de la rébellion touarègue.

La situation dans le Nord du Mali se complique. Le 1er novembre 2011, des Touareg des villes de Ménaka et de Kidal ont répondu à l'appel à manifester du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), pour célébrer la première année de la formation politique. Mais c'est le 16 octobre que le MNLA a vraiment vu le jour. Ce mouvement est né de la fusion entre le mouvement national de l'Azawad (MNA), qui réclame l'autonomie de cette zone (les régions de Kidal, Tombouctou et une partie de Gao), et le Mouvement touareg du Nord-Mali (MTNM), une faction armée dirigée par le chef rebelle Ibrahim Ag Bahanga, décédé en août 2011.

Cette nouvelle formation politique ne fait pas l'unanimité. Abdoulaye Tamboura, chercheur malien à l'Institut géopolitique français ne croit pas en la solidité de ce mouvement. «C'est du bluff. On ne peut pas prendre au sérieux un mouvement qui est apparu du jour au lendemain», note le chercheur qui pointe du doigt «le manque de cohésion des Touareg».

«Tous ne sont pas d'accord avec les actions du MNLA comme à Tombouctou, à Gao et à Bamako.»

 Pour Hama Ag Sid'Ahmed, chargé des relations extérieures de ce mouvement, ces divergences de points de vue sont un mal nécessaire:

«Il est important qu'il y ait des contradictions pour construire quelque chose de solide. Je pense qu'aucun ressortissant des régions nord n’est en réalité contre l’organisation, mais il a seulement peur de vivre les mêmes erreurs du passé. Il est normal que des telles inquiétudes existent.» 


Un mouvement de jeunes

Les autorités du pays prennent la menace au sérieux. Selon le journal malien, Le combat, une délégation composée de douze parlementaires du nord du Mali et conduite par la Commission de défense nationale, de la sécurité et de la protection civile de l'Assemblée nationale aurait sillonné la région, et rencontré l'aile politique du MNLA.  Pour l'heure, aucune information n'a filtré sur la teneur de ces discussions.

La génèse du MNLA remonte aux derniers mois précédant la mort du leader du MTNM, plusieurs rencontres avaient déjà eu lieu entre les partisans Ibrahim Ag Bahanga et les responsables du MNA pour asseoir une nouvelle organisation politique et militaire. Cette nouvelle formation réclame l'auto-détermination du peuple de l'Azawad. Son objectif:

«créer une nouvelle organisation qui prendrait en compte les préoccupations de toutes les sensibilités présentes sur le terrain et aussi celles de la population locale», explique Hama Ag Sid'Ahmed.

Un mouvement qui, selon ce dernier, rompt avec la composition sociologique des anciens mouvements touareg:

«La particularité de notre formation réside dans le fait qu'elle se compose d'une jeune élite touarègue et même de certains jeunes arabes, lettrés et universitaires. Il y a aussi cette grande force des notables, des chefs des factions et des tribus qui adhèrent dans leur majorité à cette nouvelle démarche.»

C'est la première fois, selon Moussa Bilalan Ag Ganta, président des associations Nord-Niger qui œuvrent pour le développement économique, culturel et social de la région, qu'un mouvement touareg «se bat non pas avec des armes, mais avec des mots».

«Ces jeunes ont compris qu'ils pouvaient revendiquer leur indépendance de manière pacifique et démocratique en organisant des marches, en sensibilisant la population, dans les villages et dans leurs familles.»

Contrairement aux précédents mouvements, les Touareg qui composent le MNLA, ont été scolarisés.

«L'éducation est le seul moyen dont nous disposons pour former des cadres, qui pourront un jour être les porte-paroles de la population touarègue et dénoncer ce qui se passe dans nos régions», poursuit Moussa Bilalan Ag Ganta.

Le MNLA disposerait aussi d'une frange militaire. D'après des sources internes du MNLA, cette organisation bénéficierait de l'appui politique et militaire d'hommes d'expérience, notamment des Touareg de la première rébellion qui a eu lieu dans l'Adrar des Iforas en 1963.

Même si leurs actions demeurent pour l'instant pacifiques et leur mouvement ouvert au dialogue, Hama Ag Sid'Ahmed n'exclut pas «une guerre longue si un dialogue sérieux ne s’ouvre pas vite avec le pouvoir central malien et avec  la participation de la communauté internationale». Le mouvement se serait préparé à cette éventualité en créant un état-major militaire encadré par le colonel Mohamed Najim et composé de plus d'une centaine d'anciens combattants de Libye et de cadres militaires expérimentés qui sont aujourd’hui opérationnels sur le terrain. De leur côté, selon Le combat, les autorités maliennes se prépareraient à d'éventuels affrontements: 

«Des militaires de la région de Gao, Kidal et Tombouctou verront bientôt leurs effectifs augmenter en hommes et en matériels.»


Les inquiétudes du gouvernement

Selon des sources proches du dossier, l’armée malienne est en train d’acheminer 18 véhicules blindés de transport de soldats (BTR), une trentaine de blindés d'observation (BRDM) et 120 voitures tout-terrain équipées en armes. Avec à l’appui, un nombre nécessaire de militaires qui s’élève à un millier d’hommes.

Aujourd'hui, les Touareg jugent que Bamako n'a pas respecté ses engagements lors des accords de paix d'Alger en 2006, notamment concernant le développement des régions du Nord. Le chômage persistant, la remilitarisation de la zone, les récoltes désastreuses sont autant de facteurs qui auraient participé à l'éclosion de ce mouvement. De plus, le retour des anciens combattants de Libye, toujours armés, et des membres des anciennes rébellions touarègues auraient accentué les tensions. Pour Abdoulahi Attayoub, president du site Temoust.fr (portail du peuple touareg berbère Kel Tamasheq), il ne s'agit pas d'un hasard:

«C'est un processus naturel. Cette venue a renforcé l'idée et la motivation du MNA et de MTNM qui souhaitaient créer une organisation politique.»

Bamako craint une réactivation d'une rébellion mais aussi que la situation sécuritaire dans le Sahel, avec la présence d'al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), n'empire. C'est dans ce climat électrique, que le pouvoir central a décidé, à la suite de la création du MNLA et au retour des anciens combattants touareg de Libye, d'envoyer une délégation dans la région du Nord Mali pour mesurer la température. Selon Le combat, une délégation aurait rencontré les hommes du colonel Mohamed Najim, qui coopère avec le MNLA. Ce nouveau mouvement qui créé l'inquiétude au sein des autorités maliennes risque de s'étendre aux pays voisins. Selon Abdoulahi Attayoub, «le MNLA pourrait bien faire tâche d'huile dans les régions du nord du Niger».

Stéphanie Plasse

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