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Des Congolais marchent devant des panneaux électoraux à Kinshasa, le 25 novembre 2011. REUTERS/Finbarr O'Reilly
Des Congolais marchent devant des panneaux électoraux à Kinshasa, le 25 novembre 2011. REUTERS/Finbarr O'Reilly

RDC: ce que les Congolais attendent des élections (Màj)

Les Congolais désignent le 28 novembre leur nouveau président et députés qui, espèrent-ils, pourront leur offrir un meilleur quotidien. Reportage.

Mise à jour du 3 décembre 2011: La Commission électorale indépendante (Céni) a publié le 02 decembre, les premiers résultats de la présidentielle congolaise tenue le 28 novembre. Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi arrivent en tête, selon ces indications de la Céni. Mais ces chiffres ne sont encore que très partiels, puisqu'ils ne portent que sur 15% des 64.000 bureaux de vote du pays.

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Mise à jour du 29 novembre: Le dépouillement des votes a débuté ce matin au lendemain du scrutin marqué par la violence. A Lubumbashi, capitale de la province du Katanga (sud est), deux policiers et une électrice ont été tués dans l'attaque d'un bureau de vote, et un convoi chargé de matériel électoral a été la cible d'une attaque armée dans laquelle sept à huit assaillants ont été tués par la police.

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Kinshasa est méconnaissable. Une foire de banderoles, affiches, calicots et panneaux ont assailli les rues, bravant les ondées abondantes de la saison des pluies. Leur mission : faire la promotion des 11 candidats à la présidentielle et quelque 5 500 prétendants à la députation nationale – pour 51 sièges – que les électeurs devront départager le 28 novembre. L’arsenal de campagne électorale met particulièrement en valeur le nom du postulant et son numéro, attribué par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

De nombreux Kinois ont arrêté leur choix pour la présidentielle mais sont perdus pour les législatives. En cause : l’affluence des candidats, mais pas seulement. Cédric, chauffeur de taxi au rire aussi généreux que son ventre, a par exemple été déçu par le mandat de Wivine Moleka, dont le doux visage s’affiche sur de grands panneaux. Après une longue indécision, il a choisi vendredi de laisser sa chance à un autre candidat de la majorité dont il peine à se souvenir le nom…

Ce qui l’a motivé ? «Il est venu dans mon quartier. Il est venu voir mes enfants et ma femme, et leur a dit qu’il porterait la voix du peuple à l’Assemblée.» Un engagement simple et vague, mais qui le rassure. Aurélie, elle, votera pour Germain Kambinga, un cadre du Mouvement de libération du Congo (MLC), dont le leader Jean-Pierre Bemba est détenu et jugé à la Haye. Pas pour son programme, qu’elle n’évoque même pas, mais pour la gouaille avec laquelle il a «chicoté» (critiqué) la politique d’Etienne Tshisekedi lors d’un débat télévisé.

«Tshisekedi raisonne très mal»

Il faut dire que cette secrétaire coquette nourrit une certaine aversion pour le leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) qui, à 78 ans, participe à sa première présidentielle. «Il raisonne très mal. Il est du Kasaï-Oriental, où se trouve la capitale du diamant du pays. Faut voir quelles habitations il y a là-bas! Il n’a rien apporté. Il n’a fait que la politique du boycott. Il n’est jamais arrivé au bout de ses ambitions : à la fin, il capote toujours», débite-t-elle avec colère, craignant le pire s’il était élu.

Nathalie, 39 ans, femme d’affaires boulimique de travail, pense tout le contraire. «Il m’inspire confiance pour un rétablissement d’un Etat de droit. Il est parmi nos rares politiciens qui a su résister à la corruption de la dictature de Mobutu à nos jours», plaide-t-elle. Avant de fulminer contre le bilan du président sortant Joseph Kabila, candidat à sa succession. «Son bilan, si je dois le coter, il est en dessous de zéro. Il suffit de regarder la misère de ce peuple pour s’en rendre compte!»

«Les gens ont faim ici!»

Cédric est un Kabiliste de la première heure. «J’aime regarder avec ma famille les chaînes qui font sa propagande. Dès qu’on voit Tshisekedi passer, on change!» Mais s’il est heureux de circuler sur de meilleures routes, il espère que son favori, arrivé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père, en fera « davantage » – respectant la promesse de certaines affiches. « Il a consacré son premier mandat à la reconstruction et à la pacification du pays, mais maintenant il doit penser au social. Les gens ont faim ici ! »

Aurélie, qui avait également voté pour lui, renchérit. «Il a construit des routes, des hôpitaux, des universités… Mais cette fois j’espère qu’il va s’occuper du social», explique la jeune mère, convaincue qu’il sera réélu. «Le smic est à 3 dollars par jour. Je suis sûre qu’il ne peut pas bien nourrir son petit garçon avec ça ! Pour être bien, il faudrait par famille 20 dollars par jour pour acheter le foufou (pâte à base de manioc ou maïs, ndlr), le poisson et de la braise, car on n’a pas toujours de courant. Les gens souffrent!»

Lundi, elle pense voter pour le principal artisan de la victoire de Joseph Kabila en 2006, Vital Kamerhe – un homme «moderne mais qui n’a pas beaucoup de moyens » face à son allié d’hier. «Kabila a tout pris : les musiciens, les affiches, l’espace télé… Il a beaucoup de sous et il met tout ça en jeu pour gagner.» Bien d’autres partagent son analyse et ne voient pas qui pourrait le battre. Ils en veulent d’autant plus pour preuve que le camp d’Etienne Tshisekedi a dénoncé mercredi une « fraude massive organisée par la Céni».

Lors d’un point presse, l’UDPS a dénoncé un nombre «exorbitant de bureaux de vote fictifs» dans «toutes» les 169 circonscriptions du pays pour assurer le passage du candidat Kabila. Selon son secrétaire général Jacquemin Shabani, qui disait rapporter des informations du terrain, sur les 64 000 bureaux, «près de 55%» sont «fictifs». La réponse du président de la Céni, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda : il s’agit d’une «accusation grave».

«Il n'y a pas de bureau fictif, a-t-il ajouté. (...) Je voudrais encore insister haut et fort: la Céni n'a pas de bureau fictif. (…) Quand on parle d'un bureau fictif, c'est un bureau qu'on crée et qu'on cache pour aller tricher, dans l'intention de nuire, dans l'intention de voler. Mais quand il y a un bureau qui est sur la carte mais mal localisé, il n'y a pas intention de tricherie.»

Habibou Bangré, à Kinshasa


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Habibou Bangré

Habibou Bangré. Journaliste, spécialiste de l'Afrique. Elle collabore notamment avec The Root.

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