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En Tunisie, la trouble relation argent-médias au coeur d'un scandale

La fuite d'un enregistrement attribué au fondateur d'une télévision privée, dans lequel il planifie une campagne de dénigrement contre une ONG anti-corruption, fait scandale en Tunisie en jetant une lumière crue sur les relations troubles entre argent et médias.

Cette affaire illustre aussi les résistances auxquelles fait toujours face la société civile, régulièrement attaquée dans certains médias lorsqu'elle parle droits de l'Homme ou corruption, six ans après la révolution.

La polémique a éclaté dimanche soir avec la divulgation d'un enregistrement audio. Dans cette séquence, une voix qui semble être celle de Nabil Karoui, ex-président de Nessma TV - l'une des principales chaînes de Tunisie - exige que soit tournée "une bande-annonce qui souille" les membres de l'ONG I-Watch, en les faisant passer pour des "traîtres et des agents" de l'étranger et en utilisant des informations "+bidon+".

L'homme demande également que la réputation de leurs petites amies ou fiancées soit salie, et fait comprendre que la chaîne peut compter pour cette campagne sur des journalistes "sur lesquels nous avons des dossiers".

Mardi, le parquet a annoncé à l'AFP avoir ouvert une enquête judiciaire.

 - 'Pratiques dangereuses' -

Même si des ONG mettent en garde depuis longtemps contre la tentative de mainmise d'hommes d'affaires ou de politiciens sur certains médias, l'audio a scandalisé en mettant à nu un véritable plan menaçant la vie privée de militants, comme au temps de la dictature de Zine El Abidine Ben Ali.

Sous Ben Ali, "ces pratiques dangereuses (...) servaient à embellir l'image du régime", alors "qu'aujourd'hui, c'est pour servir les intérêts de certaines personnalités", a réagi auprès de l'AFP Achref Aouadi, le président de I-Watch.

Dans un rapport publié en 2016, cette ONG, qui représente Transparency International en Tunisie, avait accusé Nabil Karoui et son frère de "fraude fiscale".

Suite à la diffusion de l'audio, elle a annoncé qu'elle allait porter plainte au pénal contre M. Karoui et toute personne impliquée.

"Nous nous excusons auprès des journalistes mais ça n'a plus rien à voir avec la liberté d'expression. Il ne s'agit plus de journalisme mais d'un gang criminel", a lancé M. Aouadi.

Contactée par l'AFP, Nessma TV n'a pas souhaité commenter dans l'immédiat. L'un de ses chroniqueurs, Emine Mtiraoui, a affirmé que l'enregistrement avait été monté mais n'a pas démenti son contenu. Il a précisé que les déclarations attribuées à M. Karoui étaient "des propos à chaud, une réaction naturelle" à une "campagne" contre la chaîne, en allusion au rapport d'I-Watch.

"Où est la diffamation ? Je ne comprends pas. Si on parle de gens suspects et qu'on dit qu'ils sont suspects, cela est-il considéré comme de la diffamation ? (...) Ce sont des traîtres ! Ce sont des agents !", s'est-il emporté sur Shems FM à propos des responsables de l'ONG.

Le Syndicat national des journalistes (SNJT) a pour sa part condamné les propos attribués à M. Karoui, qui "n'ont rien à voir avec le journalisme et son éthique".

 - 'Signal d'alarme' -

Nabil Karoui est une personnalité connue en Tunisie. Il avait dit avoir quitté la direction de Nessma afin de se consacrer au parti Nidaa Tounès, fondé par l'actuel président Béji Caïd Essebsi, pour se conformer aux règles en vigueur selon lesquelles un responsable politique ne peut diriger de média.

"Mais on voit bien que c'est lui qui gère" toujours Nessma, a déclaré lundi soir le journaliste Walid Mejri, interrogé par la télévision nationale.

Sur fond de querelles de pouvoir, M. Karoui a fini par quitter récemment Nidaa Tounès.

Cette polémique illustre la complexité de la situation financière et éditoriale des médias tunisiens.

Depuis la révolution, le secteur "a été livré à lui-même, on le voit surtout dans l'audiovisuel, et la puissance de l'argent s'est imposée", affirme à l'AFP l'universitaire et enseignant en journalisme Larbi Chouikha.

"Il y a un danger pour la démocratie, pour le sens de la citoyenneté en Tunisie et pour les institutions de l'État", renchérit Achref Aouadi. "Nous avons peur que les Tunisiens n'aient plus confiance en rien" s'il n'est pas mis fin à l'impunité "de ceux qui se croient intouchables", avance-t-il.

AFP

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