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Tanzanie: tollé après les pressions d'un gouverneur sur un média

La récente intrusion musclée du gouverneur de Dar es Salaam dans les studios d'une radio-télévision privée suscite une avalanche de condamnations en Tanzanie, où la société civile s'inquiète d'une restriction croissante des libertés individuelles.

L'indignation a atteint son paroxysme lorsque le président John Magufuli, faisant fi du tollé général qui a gagné jusqu'à son propre camp, a apporté publiquement son soutien lundi à ce jeune gouverneur, Paul Makonda, qu'il avait nommé à son poste il y a un an.

Le scandale a même coûté son poste jeudi au ministre de l'Information, Nape Nnauye, qui recommandait des sanctions contre le gouverneur. Le présidence a annoncé son limogeage jeudi dans un communiqué laconique, sans en expliquer les raisons.  

"Depuis l'entrée en fonctions du président Magufuli (en novembre 2015), les atteintes à la liberté de la presse se sont multipliées de façon inquiétantes. Valider ce type de comportement envers les médias, c'est porter atteinte aux libertés fondamentales de tous les Tanzaniens de s'exprimer et d'être informés librement", a réagi auprès de l'AFP Clea Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans Frontières (RSF).

Paul Makonda, considéré comme un proche du président tanzanien, est entré dans la nuit du 17 mars dans les locaux de Clouds FM Media Group, en compagnie de six policiers armés, pour exiger la diffusion d'une vidéo.

Dans cet enregistrement, une femme affirme avoir eu un enfant adultérin avec un célèbre pasteur, Josephat Gwajima, aujourd'hui à couteaux tirés avec Paul Makonda. 

Récemment, le gouverneur avait présenté à la presse une liste manuscrite de 65 personnes qu'il soupçonne d'être impliquées dans un trafic de drogue et dans laquelle figurait le pasteur ainsi que le chef de l'opposition. Les deux hommes avaient dénoncé une grossière machination.

La rédaction de Clouds FM avait finalement refusé de diffuser l'enregistrement mais l'incident a créé un climat de panique au sein du groupe et certains employés n'ont toujours pas repris le travail depuis.

Après avoir visité Clouds FM lundi et entendu les récriminations du personnel et de la direction, le ministre sortant de l'Information avait diligenté une enquête et rappelé mercredi qu'il avait la "responsabilité de protéger les médias et la liberté d'expression dans ce pays".

Le président de l'Assemblée nationale Job Ndugai avait également dépêché une commission parlementaire dont l'un des membres, Hussein Bashe, pourtant député du parti au pouvoir, qualifiait l'incident de "très dangereux".

- 'Moi président' -

La secrétaire exécutive du Centre juridique et des droits de l'homme (LHRC, principale ONG tanzanienne de défense des droits de l'homme), Helen Kijo-Bisimba, a exigé "des sanctions administratives et pénales" contre le gouverneur, tandis que le nouveau bâtonnier de l'ordre des avocats du pays réclamait son limogeage pur et simple.

Mais sans attendre les résultats de l'enquête gouvernementale, le président avait surpris ses administrés en apportant son plein appui à M. Makonda.

"Moi, en tant que président, je ne me laisse pas dicter ce que je dois faire. C'est moi qui décide qui doit être où. Ainsi donc, toi, Makonda, fais ton travail et ignore le reste", avait déclaré lundi le chef de l'Etat en marge de l'inauguration d'un chantier.

Mercredi, le Forum des éditeurs de Tanzanie et l'Union des clubs de la presse de Tanzanie ont qualifié M. Makonda d'"ennemi de la liberté de presse", "de même que toute personne qui le soutient ou le soutiendra dans le piétinement de la liberté de presse". Les deux associations ont décidé de suspendre jusqu'à nouvel ordre toute couverture des activités du gouverneur.

Surnommé "tingatinga", "bulldozer" en swahili, le président Magufuli a marqué les esprits depuis son élection en déployant un style inhabituellement direct, voire abrupt, dans son exercice du pouvoir. Au point que ses détracteurs le qualifient désormais d'autoritaire et de populiste.

Selon RSF, le début de sa présidence coïncide avec un durcissement vis-à-vis des médias: plusieurs radios ont été suspendues en l'espace de quelques mois et une dizaine de personnes sont poursuivies en raison de commentaires critiques ou ironiques sur les réseaux sociaux.

AFP

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