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Egypte - Les femmes journalistes en danger

Les femmes journalistes doivent-elles se rendre sur la place Tahrir du Caire pour couvrir les manifestations qui ont repris depuis le 18 novembre? La question se pose après l’agression sexuelle de Caroline Sinz, journaliste de la chaîne France 3, alors qu’elle effectuait un reportage avec son cameraman.

Depuis le début de la révolution égyptienne, c’est la troisième journaliste à être victime de ce genre d’agression, après Lara Logan de la chaîne américaine CBS (le 11 février, jour de la chute de Moubarak) et Mona Al-Tahtawy, une l’éditorialiste égypto-américaine, qui a affirmé avoir été agressée sexuellement par des policiers après une arrestation (dans la nuit du 23 au 24 novembre). 

Selon Reporters sans frontières (RSF), «c’est la première fois que des agressions sexuelles répétées sont commises dans un même lieu contre des femmes journalistes.»

L’ONG a appelé «les rédactions à la prudence et à se soucier en priorité de la sécurité de leurs envoyés spéciaux et de leurs correspondants», et leur a également conseillé de «se poser la question lorsqu’elles envoient des équipes sur place et prendre des mesures de protection particulières».

D’après le Nouvel Observateur, RSF avait même demandé à France Télévisions le 23 novembre de «cesser momentanément d'envoyer des femmes journalistes en reportage en Egypte», avant de reconsidérer leur propos. Depuis la reprise des manifestations sur la place Tahrir le 18 novembre, «Reporters sans frontières» a recensé une quinzaine d'agressions de journalistes. L’envoyée spéciale de France 3 analyse les tensions qui règnent sur cette place, sur Télérama.fr:

«La population a eu la tête farcie par l'ancien régime et la presse égyptienne sur le fait que les journalistes occidentaux sont des agents sionistes, pro-américains. Et puis il y a le rapport aux femmes des hommes musulmans, qui n'est pas simple. Les hommes sont souvent frustrés sexuellement. La femme occidentale, surtout blonde, est perçue comme une femme facile. Place Tahrir, la plupart des hommes étaient là depuis plusieurs jours. Ils dorment mal, ne se sentent plus contrôlés par le pouvoir ou la police. C'est dingue, c'est arrivé à 11h du matin, en plein jour!»

Mais Coraline Sinz n’a pas voulu céder. A la fin du reportage réalisé et diffusé le soir de son agression, Coraline Sinz témoigne en direct:

«J’ai été empoignée par plusieurs hommes et j’ai subi une agression sexuelle, au milieu de tout le monde, en plein jour. C’est une façon d’intimider la presse.»

Apparemment, France Télévisions n’a pas l’intention de se laisser intimider. Le groupe devrait remplacer Coraline Sinz, pour un temps au moins, par une autre femme.

Lu sur Reporters Sans Frontières, Télérama, Le Nouvel Observateur

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