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Deux employés de l'ONG allemande Welthungerhilfe au Soudan du Sud, le 4 mars 2017. LBERT GONZALEZ FARRAN /AFP
Deux employés de l'ONG allemande Welthungerhilfe au Soudan du Sud, le 4 mars 2017. LBERT GONZALEZ FARRAN /AFP

Le Soudan du Sud, pire pays au monde pour les humanitaires

Enlèvements, meurtres, les employés d'ONG sont pris pour cible en pleine guerre civile.

Mise à jour: Six travailleurs humanitaires ont été tués samedi 25 mars dans une embuscade au Soudan du Sud, a annoncé l'ONU. 

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Les employés d'ONG sont habituellement préparés à évoluer en terrain difficile. Mais le contexte sécuritaire au Soudan du Sud dépasse l'entendement. En plus de la guerre civile qui fait rage entre milices armées depuis près de quatre ans, de l'absence totale d'Etat et de la famine qui frappe maintenant le pays, les travailleurs humanitaires sont devenus des cibles pour les bandes armées et même pour le régime. 

À lire aussi: Frappé par la famine, le Soudan du Sud veut taxer les travailleurs humanitaires

Lundi 13 mars, des rebelles ont enlevé huit employés locaux de l'ONG américaine Samaritan's Purse, a annoncé le général Lul Ruai Koang, un porte-parole militaire sud-soudanais. L'enlèvement a eu lieu dans une localité des environs de Mayendit, à 680 km au nord-est de la capitale Juba, a annoncé le général Lul Ruai Koang. 

«Les rebelles ont lancé une attaque et enlevé huit employés locaux de l'ONG Samaritan's Purse, qu'ils détiennent en l'attente d'une rançon. Ils ont demandé à l'ONG de leur livrer de l'aide», a expliqué le général.

Les travailleurs de l'ONG Samaritan's Purse ont finalement été libérés mardi 14 mars, mais 67 employés humanitaires ont été tués depuis le début de la guerre civile en 2013. 

Des ONG sous contrôle

Ciblées dans le conflit, les ONG ne sont pas du tout protégées par l'Etat. Comme le rapportait Amnesty international dans son rapport des droits humains en 2016, les ONG subissent de nombreuses restrictions au Soudan du Sud.

Deux lois restreignent notamment «le droit à la liberté d’association en imposant à toutes les ONG de se faire enregistrer; celles qui n’effectuaient pas cette démarche se voyaient interdire toute activité (...) Les "objectifs" acceptables des ONG énumérés par cette loi ne comprenaient pas l’action en faveur des droits humains ni les activités de plaidoyer», notait Amnesty international. 

Tout récemment, une autre mesure annoncée par les autorités soudanaises a inquiété au plus haut point les ONG, comme nous le racontions ici. Le gouvernement veut imposer une taxe de 10.000 dollars pour chaque «professionnel» de l'humanitaire qui oeuvre au Soudan du Sud, et 2.000 dollars pour chaque «col bleu» des ONG, autrement dits employés qui occupent des tâches de maintenance. Avant cette décision, un permis de travail pour un travailleur de l'humanitaire étranger était de 100 dollars. 

Cette hausse est «absolument inouïe à l'échelle mondiale. Aucune organisation ne peut s'autoriser cela, et si les ONG demandent aux donateurs institutionnels un budget supplémentaire, je suis quasiment sûr que les donateurs seront réticents à avancer plus d'argent pour rien», a confié Julien Schopp, directeur chez l'ONG InterAction, au magazine Foreign Policy

La moitié de la population menacée par la famine

Cette hausse délirante du prix des visas pour employés d'ONG menace en effet l'aide humanitaire. D’après les autorités de Juba, près de la moitié des 11 millions d’habitants du pays, indépendant depuis 2011, seront en effet en état d’insécurité alimentaire d’ici à juillet. 

«Pourquoi se priver d’une aide internationale, compromise par la nouvelle taxation, en pleine période de disette? Peut-être parce que les tenants de la guerre civile ne veulent pas attirer l’attention sur leurs responsabilités dans la catastrophe humanitaire actuelle – des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés», analyse le magazine Jeune Afrique.

 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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