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Madagascar - Le retour en grande pompe de Ratsiraka

C’est fait. Après maintes déclarations d’intention jamais concrétisées, l’ancien président malgache Didier Ratsiraka a de nouveau foulé le sol de la Grande Île, le 24 novembre. «L’amiral rouge», qui dirigea sans interruption Madagascar de 1975 à 1991 dans sa période socialiste, puis de 1997 à 2002 sous la bannière prétendument «écologique et humaniste», est rentré à Madagascar après un exil volontaire de neuf ans. Un exil très parisien dans la très cossue ville de Neuilly-sur-Seine.

Le retour de Ratsiraka a fait la Une des journaux malgaches depuis quelques jours, et son arrivée à l’aéroport d’Ivato, à Antananarivo, en début d’après-midi, fait sans conteste l’événement.

«Quel accueil pour Ratsiraka», titre en couverture La Gazette de la Grande Île qui rappelle le retour triomphal de 1996 d’un Ratsiraka candidat à la présidentielle —qu’il remporta—. 

Mais, en dépit de la présence de ses proches, ses partisans et des représentants officiels de diverses obédiences politiques, dont l'ancien président Albert Zafy, le retour de Ratsiraka n’a pas draîné les foules, comme lors de la tentative avortée de son autre pair, le président déchu Marc Ravalomanana, toujours en exil en Afrique du Sud.

Cette fois-ci, l’accueil de Ratsiraka fut solennel mais pas massif à en croire le compte-rendu en direct disponible sur Internet sur le portail Orange.mg.

On apprend que Ratsiraka a pris un vol Corsair en compagnie de son épouse et de ses deux filles. Il est descendu de l’avion en dernier, à 12h.

Selon Orange.mg, quelques minutes après, l’ancien président âgé de 75 ans a «réalisé une série de pompes pour afficher son dynamisme». Par ce geste, il tente sans doute de faire taire ceux qui voudraient mettre en doute sa vigueur physique, voire intellectuelle.

Pour sa part, le rédacteur en chef de l’Express de Madagascar veut rappeler les conditions du second exil de Ratsiraka «parti en catastrophe en juillet de 2002 abandonné par ses milices qui avaient tenté d'isoler Tana et les "compatriotes" de Ravalomanana, son bourreau en dynamitant les ponts et fermant tous les accès de la capitale. Un triste fait d'arme, entre mille, indigne de celui qui se prétendait être le Président de tous les Malgaches et qu'on ne pourra pas oublier sauf au prix d'une amnistie amnésiaque.»

A son arrivée, celui qui s’était officiellement tû dans les médias durant son exil en France, s’est fendu d’un premier point de presse.

Il réagit dans le cadre de la délicate sortie de crise à Madagascar incarnée par une Feuille de route dont sa mouvance demeure un élément réfractaire. On apprend ainsi que Didier Ratsiraka «désapprouve la formation et la composition du gouvernement de transition d’Omer Beriziky». Orateur hors pair et vieux briscard de la politique, il «insiste sur la nécessité de la tenue d’un sommet des 4 chefs de file à Madagascar. Une conférence au sommet qui devra se dérouler en direct et avoir pour témoins les 20 millions de Malgaches».

A en croire ses premières déclarations, l’ancien président de retour d’exil ne veut pas jouer les seconds rôles.

«Si la conférence au sommet doit se tenir, on devrait me mandater pour demander de l’aide à la communauté internationale, pour le financement de l’organisation du sommet, estimé à 1 million de dollar», propose-t-il

Pour les éditorialistes de Madagascar-Tribune.com, «quelle que soit la position que le pouvoir actuel adoptera vis-à-vis de lui, l’arrivée de Didier Ratsiraka constitue un fait nouveau qui va immanquablement influer sur la suite de la transition, et devrait être un facteur perturbant à court et moyen terme pour le régime en place.»

D’aileurs, qu’on se le dise, «Didier Ratsiraka n’a pas vocation à être un simple spectateur du jeu politique», souligne le journal en ligne malgache. «Après avoir été obligé de sortir piteusement par la fenêtre à la suite des crises des 1991 et 2002 (1991 l’ayant toutefois autorisé à rester à la tête de l’État jusqu’à la fin de la transition), il est le genre de personne dont l’orgueil nourrit le rêve de revanche.»

Lu sur Orange.mg, L'Express de Madagascar, Madagascar-Tribune.com, La Gazette de la Grande Île

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