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Cameroun - Cinq ans de prison pour homosexualité

Ils ont été condamnés à la peine maximale dans le domaine: 5 ans de prison de ferme, et une amende de 200.000 FCFA (environ 300 euros). Le 23 novembre, le tribunal de Ekounou à Yaoundé, la capitale du Cameroun, a jugé coupable d'homosexualité les trois Camerounais arrêtés en juillet 2011, rapporte Têtu.

Selon la police, les trois hommes avaient été surpris en juillet dernier alors qu'ils avaient des rapports sexuels à bord d'un véhicule dans le quartier d'Essos à Yaoundé. Tous trois avaient été inculpés de «faits d'homosexualité» selon une dépêche AFP, ce qui est interdit par la législation camerounaise. Conduits au commissariat, gardés à vues du 26 juillet 2011 au 1er août 2011, ils auraient livrés leurs aveux sous la contrainte après avoir été battus selon des associations de défense des droits des minorités sexuelles.

Deux des prévenus, âgés de 19 et 20 ans, sont incarcérés depuis, alors que le troisième, 22 ans, fait l'objet d'un mandat d'arrêt pour ne pas s'être présenté au procès après avoir bénéficié d'une mesure de liberté provisoire.

Selon l'un des avocats des trois prévenus, Me Togué:

«C'est une mauvaise décision parce qu'il y a eu une violation flagrante des dispositions de la loi».

Selon lui, l'attitude et les commentaires du juge tout au long «des débats» laissaient «transparaître» qu'il est «homophobe». Me Togué a indiqué qu'il allait faire appel de cette décision.

De son côté, Me Alice Nkom, la présidente de l'Association pour la défense des droits des homosexuels (Adefho), a affirmé concernant cette décision:

«C'est un scandale. [...] Ce n'est pas digne d'une justice moderne au service de la démocratie dans un pays comme le Cameroun. C'est une décision choquante et inacceptable. Ce n'est pas digne d'un pays qui parlerait de droits de l'Homme».

Sismondi Barlev Bidjocka, président du Rassemblement de la jeunesse camerounaise (RJC) qui revendique plus de 400 associations de jeunes, s'est lui affirmé «très content» et milite pour plus d'arrestations. Selon lui:

«Les Occidentaux veulent nous imposer les excroissances de leurs civilisations. Nous n'en voulons pas. Nous devons préserver nos valeurs culturelles. L'homosexualité n'en fait pas partie. Notre loi la condamne. C'est pourquoi nous la combattons», a-t-il expliqué.

Le 10 août 2011, quatre autres hommes avaient été arrêtés et inculpés pour outrage à la pudeur sur mineurs et homosexualité.

Trente-huit des 53 Etats africains ont des lois pénalisant l'homosexualité. L'homosexualité est considérée comme un crime en Ouganda, elle est passible de mort dans 12 Etats du Nigeria appliquant la charia, et au Burundi, une peine de prison pour punir les relations entre partenaires du même sexe a été créée en 2009.

Lu sur Têtu, France 24AFP

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