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Afrique du Sud: un budget très politique devant le Parlement

Le ministre sud-africain des Finances Pravin Gordhan présente mercredi au Parlement son projet de budget pour 2017 sous la menace pressante des partisans du président Jacob Zuma qui lui reprochent son refus de desserrer les cordons de la bourse.

Leur duel politique tient l'Afrique du Sud en haleine depuis son retour à la tête du département du Trésor fin 2015, en pleine tourmente politico-financière.

Très respecté des marchés pour sa rigueur et sa gestion comptée des deniers publics, M. Gordhan s'oppose régulièrement au chef de l'État, embourbé dans une série de scandales de corruption qui suscitent de vives critiques au sein même du parti au pouvoir.

Les frictions entre les deux hommes ont pris un tour encore plus rugueux depuis le discours sur l'état de la Nation prononcé au début du mois par M. Zuma.

Le président s'y est prononcé pour une relance des dépenses publiques au nom de "la transformation radicale" d'une économie à ses yeux encore bien trop contrôlée par la minorité blanche, un quart de siècle après l'abolition de l'apartheid.

Tout le contraire de l'orthodoxie prônée par Pravin Gordhan pour réduire les déficits qui, juge-t-il, plombent l'économie du pays.

Sur la lancée du discours du chef de l'État, la puissante Ligue des jeunes de l'ANC, inféodée à Jacob Zuma, a appelé à "redéployer" M. Gordhan, en clair à le faire sortir du gouvernement.

"Prenez quelqu'un qui pourra manier le fouet au Trésor pour être sûr de poursuivre le développement de l'Afrique du Sud et non de protéger les intérêts du capital blanc", a déclaré à la presse son secrétaire général Njabulo Nzuza.

Heureuse coïncidence, le nom d'un possible prétendant à sa succession fait depuis la semaine dernière la "une" des médias.

- En sursis -

Celui de Brian Molefe, ex-patron de la compagnie nationale d'électricité Eskom. Ce proche du président a été poussé à la démission en novembre après sa mise en cause dans un rapport qui dénonçait la corruption au sommet de l'État.

M. Molefe doit être très bientôt nommé député, un tremplin pour obtenir un poste ministériel en Afrique du Sud.

"Vous ne prenez pas quelqu'un du calibre de Molefe, qui a été patron de grandes compagnies, pour simplement le laisser assis au Parlement", a expliqué à l'AFP Mcebisi Ndletyana, professeur à l'université de Johannesburg.

Depuis l'annonce de son entrée au Parlement, les médias bruissent de rumeurs sur un remaniement ministériel qui verrait le départ du gouvernement de M. Gordhan et de tous ceux qui ont osé s'opposer au président au nom de la lutte contre la corruption.

Dans ce climat délétère, le discours du ministre des Finances s'annonce donc comme un dangereux exercice d'équilibriste.

"Le budget va permettre à Gordhan de montrer (...) qu'il n'est pas influencé par la politique", résume M. Ndletyana. "Mais il va aussi devoir trouver de l'argent pour les projets de Zuma, ce qui s'annonce très difficile dans ce climat économique".

En 2016, les trois grandes agences de notation ont donné un sursis à l'Afrique du Sud. Si elle ne l'ont pas, pour l'instant, dégradée dans la catégorie des investissements spéculatifs, elles se sont inquiétées des turbulences politiques actuelles.

Le Congrès national africain (ANC) doit choisir en décembre le successeur de M. Zuma, qui après deux mandats devra quitter ses fonctions après les élections générales de 2019.

A la veille de sa prestation, Pravin Gordhan s'est montré serein, presque fataliste sur son avenir politique. "Je ne suis qu'un humble fonctionnaire, je ne suis pas indispensable", a-t-il déclaré lundi soir dans un entretien à la chaîne d'information Enca.

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