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Jacob Zuma et Nicolas Sarkozy à l'Elysée le 2 mars 2011. REUTERS/Jacky Naegelen
Jacob Zuma et Nicolas Sarkozy à l'Elysée le 2 mars 2011. REUTERS/Jacky Naegelen

Zuma garde le silence sur la crise ivoirienne

Lors de sa visite officielle en France, le président sud-africain a refusé d'évoquer la Côte d'Ivoire. Il fait partie du groupe de l'UA chargé de trouver une solution et reste conciliant à l'égard de Laurent Gbagbo.

Pendant toute sa visite officielle à Paris, les 2 et 3 mars, le président sud-africain Jacob Zuma n'a pipé mot sur la Côte d'Ivoire. Il a simplement indiqué, lors du dîner qui lui a été offert à l'Elysée, le 2 mars, que «nous devrions pouvoir trouver une solution» pour «aider nos frères et nos sœurs en Côte d'Ivoire». Une façon polie de demander à la France de se tenir à bonne distance, mais aussi d’indiquer que la tâche ne sera pas aisée.

Interrogé le lendemain sur sa position à l’égard de Laurent Gbagbo par des ressortissants ivoiriens, après une conférence donnée à l'Institut français des relations internationales (Ifri), Jacob Zuma n’a pas eu le temps de répéter qu’il ne pouvait rien dire, en tant que membre du panel des chefs d’Etat chargés par l’Union africaine (UA) de trouver une solution. Une alerte à la bombe a contraint à l’évacuation rapide des lieux…

Au soir du dîner à l’Elysée, devant un parterre de personnalités, d’hommes d’affaires et de diplomates, Nicolas Sarkozy a fait l’éloge de son hôte sud-africain: «Un dirigeant d’exception qui a joué un rôle majeur aux côtés de Madiba» (le nom de clan de Nelson Mandela). Zuma, chef d’Etat polygame, n'a pas fait le déplacement avec l'une de ses trois épouses actuelles mais avec Bongui Nguema, l’une des fiancées qu’il a l’intention d’épouser.

Partenariat économique France-Afrique du Sud

Il a surtout été question de contrats lors de cette visite à Paris, avec le développement du nucléaire civil en Afrique du Sud, un forum d’affaires franco-sud-africain et un accord portant sur le financement d’infrastuctures par l’Agence française de développement (AFD), à hauteur d’un milliard d’euros sur trois ans. «Nous, Français, avons tendance à nous attarder dans l’Afrique qui ne marche pas, et à ne pas suffisamment nous intéresser à l’Afrique qui marche», notait en aparté un grand argentier de l’Etat français, lors du dîner.

Or, l’Afrique du Sud a rejoint fin décembre le groupe «Bric» devenu «Brics». Elle fait désormais partie des puissances émergentes de ce monde, aux côtés du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine. Pour ce partenaire commercial qui monte, Paris a déroulé le tapis rouge, avec escorte du président Zuma par la Garde républicaine à cheval. Avec emphase, l'Afrique du Sud a été décrite par le président français comme un pays «admiré et respecté dans le monde entier».

Le dîner de l’Elysée ne s’en est pas moins distingué par son rythme effréné, les plats virevoltant sous le nez des convives, avant que ceux-ci aient le temps de les terminer. Certains des maîtres d’hôtel qui cavalaient le long d’un banquet dressé pour 200 personnes se sont discrètement excusés de la cadence du service. «On ne fait qu’obéir à la consigne», ont-ils précisé. A 22 heures, deux heures pile après le début du dîner, il n’y avait plus personne sous les lambris dorés de la grande salle de réception du palais présidentiel.

Gbagbo au temps de l'apartheid

La Côte d’Ivoire, avec son lot quotidien de nouvelles alarmantes, est restée le point central de l’intérêt très relatif –pour ne pas dire inexistant– suscité dans les médias français par la visite en France de Jacob Zuma. Quid de la position plutôt conciliante de Zuma à l'égard de Laurent Gbagbo, alors que Paris soutient mordicus la victoire d'Alassane Ouattara? «Notre diplomatie est guidée par un certain sens de la loyauté, rappelait une journaliste de la radio publique sud-africaine SABC, invitée par le ministère français des Affaires étrangères en marge de la visite de Zuma. Nous ne pouvons pas tourner le dos à des dirigeants africains qui nous ont soutenus et aidés pendant la lutte contre l’apartheid.»

Mais Laurent Gbagbo a-t-il porté si haut le flambeau de la lutte contre l’ancien régime raciste? Mérite-t-il vraiment, comme Robert Mugabe au Zimbabwe, le soutien indéfectible des anciens frères d'armes du Congrès national africain (ANC)? En réalité, Gbagbo fait surtout figure d'opposant historique à Félix Houphouët-Boigny, l’un des rares dirigeants africains à avoir préconisé le dialogue avec Pretoria dès les années 1970. Une position qualifiée de «bouffonerie», à l'époque, par le président tanzanien Julius Nyerere.

Houphouët avait été jusqu’à recevoir secrètement le Premier ministre sud-africain John Vorster, en septembre 1974, à Yamoussoukro. Il avait par ailleurs été le premier, en Afrique, à nouer des relations diplomatiques avec l’Afrique du Sud en 1991, dès l’abolition des lois de l’apartheid, trois ans avant l'avènement de la démocratie multiraciale. Abidjan est aussi soupçonné d’avoir livré du pétrole au régime raciste à la fin des années 1980, malgré les sanctions économiques internationales.

Des faits anciens, mais qui comptent beaucoup aux yeux des dirigeants sud-africains. Nelson Mandela avait pris le risque de déplaire au monde entier, quand il était président, en se montrant loyal à l’égard de Mouammar Kadhafi, parce que le colonel libyen avait soutenu l'ANC pendant «la lutte»«the struggle», comme on dit en Afrique du Sud. Mandela l’avait persuadé en 1998 de livrer deux Libyens accusés de l’attentat de Lockerbie, perpétré en 1988 contre un Boeing de la Pan Am. Un dénouement qui avait permis la levée des sanctions internationales contre Tripoli et le retour en grâce de Kadhafi.

Un signe qui ne trompe pas: l’un des petits-fils de Mandela porte le nom du leader libyen, qui bombarde aujourd'hui son peuple. Zindziswa Mandela, la fille cadette de Nelson Mandela, a donné naissance en 1984 à Gaddafi Zondwa Mandela... A quand des petits «Gbagbo» dans le clan Zuma?

Sithando Sam

Sithando Sam

Sithando Sam. Journaliste sud-africaine.

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