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CAN: les Lions, symboles d'unité pour le Cameroun en proie

Finaliste dimanche de la CAN-2017, le Cameroun, équipe d'un pays bilingue sous la férule d'un coach venu de Belgique, offre un opportun symbole d'union nationale à l'heure où des tensions dans les régions anglophones remettent en cause son unité.

Au Gabon, Clinton Njie (Olympique de Marseille), Ndip També (Spartak Trnava) et Fai Collins représentent la minorité anglophone au sein des 23 joueurs du Cameroun, dans des proportions légèrement inférieure à la moyenne nationale (environ 20% des 23 millions d'habitants).

Ce bilinguisme, que l'on retrouve chez les Lions indomptables et les médias qui les suivent, est un héritage de l'histoire mouvementée du Cameroun, ex-colonie allemande passée sous tutelle de la France et, pour partie, de la Grande-Bretagne après la Première guerre mondiale jusqu'à l'indépendance de 1960.

Dans les années 90, l'ancien défenseur Stephen Tataw portait au plus haut l'étendard de la minorité anglophone, qui se plaint souvent d'être mise à l'écart par les francophones, en arborant le brassard de capitaine. "Stephen Tataw ne parlait pas français. Il l'a appris en équipe nationale", se souvient le Français Claude Le Roy, l'ancien sélectionneur.

"Je parle tout le temps français, que tous les joueurs comprennent. S'il y a des joueurs qui m'adressent la parole en anglais, il n'y a aucun problème non plus", commente l'actuel sélectionneur, le Belge Hugo Broos, l'ancien joueur d'Anderlecht guère dépaysé par la diversité -voire les frictions- linguistiques au sein d'une même nation. 

- Fronde des régions anglophones -

"Si tu ne connais pas la langue, il y a certes un traducteur, mais les sentiments que tu mets dans tes mots ne sont jamais les mêmes", glisse-t-il au passage, comme un coup de griffe, à la veille de la finale contre l'Egypte, à son homologue argentin Hector Cuper, qui parle à ses joueurs via un traducteur espagnol-arabe.

Dans le vestiaire, les Lions célèbrent aussi leurs victoires avec un chant en +pidgin+, sorte de créole qui mélange des mots d'anglais, de français et des emprunts aux centaines de dialectes en usage chez les peuples tout aussi nombreux (Bamilékés, Bamouns, Bassas, Fangs...).

Suivie de près par le président Paul Biya, la performance inattendue des Lions en 2017, finaliste dimanche contre l'Egypte, intervient alors que le pouvoir central de Yaoundé fait face depuis des mois à une fronde des deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest frontalières du Nigeria.

Retour au fédéralisme, voire séparatisme pour une minorité d'activistes: plusieurs personnes sont mortes début décembre dans des affrontements entre manifestants anglophones portant ces revendications et les forces de l'ordre, au paroxysme des tensions.

- Une unité temporaire -

Les tensions perdurent, même si le football semble apaiser les esprits. "Tout comme les francophones, les anglophones manifestent leur joie après les victoires des Lions. Cela prouve qu'une majorité d'anglophones reste très attachée au Cameroun", estime Célestin Djamen, responsable (francophone) du principal parti d'opposition, le Social democratic front (SDF - en anglais dans le texte).

"Mais ces victoires ne peuvent pas faire retomber la tension. Après l'euphorie de cette CAN, les anglophones vont revenir à leurs revendications. Au Cameroun, il y a toujours une récupération (politique) des succès de l'équipe. Certaines personnes pensent que la victoire des Lions est imputable au président de la République (Paul Biya). C'est farfelu", ajoute-t-il.

Bien évidemment les joueurs ne font pas de politique, mais quand même, le capitaine Benjamin Moukandjo (Lorient) ne peut s'empêcher de glisser un petit "message" à la veille de la finale: "C'est vrai qu'en ce moment, notre pays connaît des petits troubles. On souhaite que les tensions s'apaisent. On essaie de procurer du plaisir en souhaitant que tout rentre dans l'ordre. C'est le petit message que je vais faire passer aujourd'hui: on espère que demain tout ce pays sera uni et solidaire pour célébrer la victoire". Un message en français dans le texte, seulement.

AFP

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