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 Soleil couchant en Méditerranée. Reuters/Osman Orsal
Soleil couchant en Méditerranée. Reuters/Osman Orsal

Crépuscule des Algériens sans lendemain

La chronique d'une jeunesse plombée qui rêve de prendre le large.

Il a 19 ans, bien qu'il en paraisse 59. Il n'a pas d'âge, ou alors un peu, du moins ce que lui ont laissé ses parents avant de mourir d'un cancer généralisé à deux. Terrien convaincu, il a quand même pris une barque pour partir. En deux semaines de cure en thalassothérapie, il avait appris à nager. En deux mois d'un travail harassant de gardien de parking gratuit, avait économisé assez d'argent. Puis a fait une prière rapide, a bu un litre d'eau minérale de Kabylie, a mangé un bon frites-omelettes national, a embrassé sa dernière copine entre les deux joues puis est parti, d'une région indéterminée des 1400 kilomètres de côtes, profitant de la nouvelle saison des harragas.

Une génération plombée: ni passé, ni d'avenir

Partir, juste partir, pour ne plus avoir de torticolis à regarder derrière, ses ancêtres, ses traditions, sa guerre d'indépendance et ses voisins sans passé ni avenir. Partir? Bien sûr. Comme les enfants de dirigeants. Où? Là où vont les enfants de dirigeants avec son argent, ou du moins avec celui de ceux qui travaillent vraiment. Partir? Comme un téléphone portable, il faut être mobile, beaucoup plus adapté qu'un téléphone fixe qui de toutes façons est toujours en dérangement. Oui, il est dérangé comme son pays, à côté de sa vie, jouxtant son propre destin sans jamais le toucher, comme des parallèles qui ne se touchent que bi idnillah quand Il (Dieu) le veux bien.

Partir, oui, juste pour faire du kilométrage et se convaincre que son père, à part un récépissé de remboursement à la Cnas(Caisse Nationale d'Assurances Sociales des travailleurs salariés) de trois boites de paracétamol, ne lui a jamais rien donné. Puis il s'est réveillé. Il a trop bu, fumé ou trop pris de cachets. Il n'est jamais parti, il a juste rêvé. Quand il a ouvert les yeux dans la minuscule pièce, il a vu sa sœur de 35 ans à côté de lui, allongée pas loin, qui attendait encore un mari ou un logement social. Il lui a méchamment demandé: où tu étais encore?! Elle n'a pas répondu. Elle était déjà partie.

Chawki Amari

Cette chronique est aussi parue dans El Watan

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Chawki Amari

Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.

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