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Des fidèles dans la cathédrale d'Alger en 2006. AFP/FAYEZ NURELDINE
Des fidèles dans la cathédrale d'Alger en 2006. AFP/FAYEZ NURELDINE

Dieu(x): un peu, mais pas trop

Un Algérien converti au christianisme écope de cinq ans de prison. Le pays aux mille dieux devient trop petit pour deux dieux.

D'abord rien, ou quelques errants, traversant la lumière à la vitesse de la pierre qui roule. D'abord ces terres, rougeâtres ou blanches, arides mais infinies et ouvertes sur l'homme et l'Au-delà. De la plaine du Sersou aux déserts du chott Melghir, de la vallée du 'Ad aux sables du Tidikelt, s'étendent les notions d'éternité, enchevêtrement de rêves d'enfants et de vérités à vérifier. Le cosmos mais d'abord rien, puis la mort, puis le ciel puis les sous-terrains de l'insondable.

Agurzil, le dieu berbère de la guerre

Les Deii Mauri, tels que les appelaient les romains, «les dieux maures», apprenaient à vivre aux hommes, pendant que ces derniers apprenaient aux dieux à régner. Tanit, la mère nourricière de l'Afrique, Ayyur, le dieu lunaire, la déesse Lamia, Ash le dieu du désert ou Anzar, le dieu de l'eau, Kish, dieu de la mer, Ifru, Masiden, Thililva, Suggan et Ierou, le dieu soleil, ou encore  Agurzil, le dieu berbère de la guerre, mis à mort comme tous les autres par Yellou, le dieu Un. Puis Elohim, d'un pluriel bien singulier, d'une judaïté très babylonienne, puis encore Jésus, sa croix collier porte-bonheur, puis Allah, pour clore le débat.

Qui détient la vérité divine?

Les dieux se sont affrontés et ont écrit l'Histoire, résumée par l'acharnement des hommes à posséder le Ciel et à compiler avec des mots le mystère de la matière. Tout ça, toute cette fantastique épopée, ces universelles questions existentielles, ces infinis débats de l'âme et ces nécessités sociales pour qu'en 2011, au troisième millénaire, 100.000 ans après l'invention de la spiritualité, un musulman d'Oran, converti au christianisme, soit condamné à 5 ans de prison pour avoir voulu changer dans sa tête le prénom de l'Absolu. Emprisonné par un juge qui n'a de dieu que celui qui le paye et lui donne à manger, n'a de religion que ce qu'il croit être l'opinion dominante. L'Algérie, si grande au départ, est devenue si petite que même les dieux ne la regardent plus.

Chawki Amari

Cet article a également été publié dans El Watan

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Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.

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