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Manifestation en soutien à l'Egypte à San Francisco le 14 novembre 2011. DR
Manifestation en soutien à l'Egypte à San Francisco le 14 novembre 2011. DR

Oakland-Le Caire: «un seul et même poing»

Quelques heures avant leur évacuation, les Indignés d'Oakland ont décidé de dédier leurs derniers pas à la révolution égyptienne en cours.

C'est au monde arabe en révolte et à l'Egypte en particulier qu'est allé leur baroud d'honneur. En ce samedi après-midi, les protestataires d'Occupy Oakland se disent que c'est peut être la dernière nuit qu'ils passent dans le campement de tentes qu'ils ont érigées en face de la mairie de la ville, City Hall. Sommés de lever le camp par des policiers qui les menacent d'un énième assaut, ils ont, au lieu de démanteler leurs tentes, marché en soutien aux militants égyptiens jugés devant des tribunaux militaires.

Oakland- Le Caire: même combat?

«Oakland-Le Caire, un seul et même poing», proclame la bannière noire qui ouvre la manifestation. Les protestataires brandissent leurs grands sourires comme un défi à la face des caméras, mais ils ne clament pas de slogans, concentrés, s'attendant à une attaque de la police. L'ambiance est irréelle dans un centre-ville complètement déserté ou l'on n'entend que la musique du luth et des chansons égyptiennes qui s'échappent des ampli que transportent les manifestants. L'atmosphère est lourde. Les rares voitures qui sont surprises par la manifestation font des volte-face spectaculaires. Dans le ciel, des hélicoptères, de la police et des médias, font du sur-place.
C'est ici à Oakland, dans la baie de San Francisco, que la police américaine s'en est prise de la manière la plus violente aux protestataires du mouvement Occupy Wall Street, le 25 octobre dernier. La brutalité de l'assaut policier contre Occupy Oakland avait été telle qu'elle avait suscité un mouvement d'indignation dans tout le pays et au-delà, en Egypte, ou un rassemblement de protestation de plusieurs centaines d'Egyptiens avait eu lieu devant l'ambassade américaine au Caire.

Quand les révolutions arabes inspirent les Indignés

«Aujourd'hui, nous sommes rassemblés pour dire merci aux Egyptiens", avait clamé une jeune femme quelques minutes avant le départ de la marche. Soulevant des hourrah de bravade à la foule, elle avait élevé le ton et la voix encore plus fort: "Nous nous battons ici, aux Etats-Unis, pour une vie décente et les peuples de Tunisie, d'Egypte et de Palestine sont une inspiration pour nous».
Pour Jeremiah Dawson, 24 ans, étudiant venu de la ville de Sacramento, à plus d'une heure et demie de route au nord d'Oakland, il n'était pas question de rater «l'événement pour l'Egypte». Les yeux verts pétillant d'humour, Jeremiah demande à remettre un bandana sur son visage avant de se laisser photographier avec sac à dos et masque à gaz en prévision d'affrontements avec la police.
Lorsque les événements de la Place Tahrir ont commencé en janvier dernier, dans le sillage du soulèvement populaire tunisien, il était, se souvient-il, devenu accro aux news:
«J'ai tout suivi, la Tunisie, la Place Tahrir au Caire, c'était tellement excitant! Ce sont ces événements là qui ont fini par se propager ici, Dieu merci, ils nous ont contaminés!»
Jeremiah qui fait partie d'une poignée d'irréductibles qui tentent en vain de lancer un «Occupy Sacramento» ou, dit-il, les rares campeurs sont chassés par la police à chaque tombée de nuit, reconnait aussi avoir accouru pour donner un coup de main à ses compagnons d'Oakland.
Depuis 48 heures, des avertissements sont distribués par les policiers annonçant un raid imminent et prévenant tous ceux qui n'accepteront pas de «décamper» qu'ils seront arrêtés. Ceux qui avaient prévu d'organiser une manifestation pour «dire merci à l'Egypte» n'ont probablement pas escompté la faire dans une telle ambiance.
En comparaison, une heure plus tôt, à San Francisco, de l'autre côté de la baie, la même manifestation de solidarité avec ceux qui se battent en Egypte contre la prise du pouvoir par les militaires, a eu lieu dans une ambiance festive et joyeuse. Les militants d'Occupy San Francisco y ont battu tambours et derboukas, des Egyptiennes accourues de toute la Baie y ont poussé des youyous et, sur le front de mer ensoleillé, les touristes ont été mi choqués mi amusés de découvrir la spécialité locale: la présence d'un groupe de joyeux nudistes parmi les manifestants contre la dictature en militaire en Egypte.

Crainte d'une dérive du mouvement

L'atmosphère inquiète d'Oakland a été causée par un incident survenu le 10 novembre, lorsqu'un jeune Noir a été abattu par balles à quelques pas du campement des protestataires. Le meurtre du jeune homme, victime de la guerre que se livrent les gangs de la ville, a jeté l'émoi parmi les plus fervents supporters d'Occupy Oakland, qui se sont mis à craindre une dérive violente du mouvement. 
Des craintes, il faut le dire, alimentées par une campagne de la presse américaine obsédée par la présence de SDF, de vagabonds et de fous dans les camps Occupy. Les campeurs ayant refusé de les refouler, les chroniqueurs et commentateurs n'ont cessé de se plaindre de «l'usage de drogue et de violence» dans les camps Occupy, «des mauvaises odeurs et de la saleté» et «des risques pour le voisinage et les riverains».
Pour les autorités de la ville, qui s'étaient vues contraintes à battre en retraite après le tollé soulevé par l'usage disproportionné de la force contre les campeurs, le meurtre du jeune homme aux abords du campements est venu à point nommé pour justifier une nouvelle charge.

Les Indignés évacués de force

Apres la manifestation pour l'Egypte, les protestataires n'ont finalement été délogés de leurs tentes que 24 heures plus tard, à l'aube lundi matin.
«Aujourd'hui, le campement d'Occupy Oakland a dévié de son objectif originel, il ne s'agit plus pour eux de dénoncer les abus du système financier, de se battre pour les chômeurs et ceux qui ont perdu leurs maisons, le camp est devenu un lieu ou se déroule la violence, un meurtre a eu lieu et il nous faut mettre un terme à cette situation», avait déclaré la maire de la ville au moment de l'éviction des campeurs.
Plusieurs heures plus tard, en fin d'après-midi, les agences de presse rapportent qu'une manifestation de 2 000 personnes se dirigent vers la mairie d'Oakland en scandant: «Nous sommes les 99%». Les révoltés contre l'ordre de Wall Street avaient bien prévenu que Tahrir était leur inspiration. Sur les grandes et majestueuses portes du bâtiment de City Hall, une nouvelle banderole, en arabe, a fait son apparition. Elle rappelle que «le peuple veut toujours faire tomber le régime».

Daikha Dridi

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Daikha Dridi. Journaliste algérienne.

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