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Des joueurs égyptien et béninois disputent un match de la CAN à Benguela, Angola, le 20 janvier 2010. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh
Des joueurs égyptien et béninois disputent un match de la CAN à Benguela, Angola, le 20 janvier 2010. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Le football béninois en quête de repères

Après plusieurs décennies de crise, on croyait que le Bénin avait enfin trouvé ses marques, avec sa participation coup sur coup à différentes phases finales de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) ces dernières années. Mais voilà que la situation s'envenime à nouveau sur fond de guerre de tranchées.

Depuis quelques jours, les championnats béninois de la Ligue professionnelle (D1) et de deuxième division (D2) ont été suspendus. Et pour cause: 18 des 22 clubs participants se sont retirés. A l’origine, la mauvaise gestion de la Fédération béninoise de football (FBF) imputée à son président Anjorin Moucharafou, et le renouvellement de l’instance dirigeante.

Une crise née de l’opposition entre deux camps qui n’ont pas pu s’entendre sur les textes —en dépit même de l’arbitrage du ministère de la Jeunesse, des Sports et Loisirs et de l’implication personnelle du ministre Modeste Kérékou.

La FIFA-CAF à la rescousse

Face à l’incapacité des dirigeants de la FBF de trouver un compromis, la Fédération internationale de football association (FIFA), de concert avec la Confédération africaine de football (CAF) a dépêché une mission à Cotonou pour essayer de démêler l’écheveau et de régler la crise. Mais contre toute attente, la mission conduite par Iya Mohammed n’a semble-t-il fait qu'aggraver la situation, en prenant fait et cause pour le camp Moucharafou.

Les adversaires du désormais ex-président de la FBF soupçonnent la FIFA-CAF de le soutenir, alors qui devrait annoncer prochainement san candidature à un poste au sein de l’organe dirigeant de la CAF. Pour Bernard Hounnouvi, le directeur exécutif du bureau sortant, le comité exécutif d’Anjorin Moucharafou est illégitime. Seul celui qui est issu des élections du 4 février reste légitime. Et de s’indigner de l’attitude complaisante d’Iya Mohammed vis-à-vis de l’ex-président de la FBF. Lors d’une conférence de presse qu’il a donnée sur la crise du football béninois, Hounnouvi se demande:

«Ce qui nous paraît quand même curieux, lors de la crise du football togolais, c'est que monsieur Primo Corvaro et monsieur Jacques Anouma de la Côte d’Ivoire —après avoir constaté que sur 12 membres 5 ont démissionné— ont dit clairement que le Comité exécutif ne pourra délibérer faute de quorum [2/3 des membres, ndlr].

Par conséquent, il faut aller aux élections. Pourquoi alors au Bénin y a-t-il tant de tergiversations? Pourquoi veut-on tordre le cou aux textes en cherchant la petite bête, en trouvant des insuffisances par-ci par-là? Les mêmes causes ne produisent-elles pas les mêmes effets, dans le cas du Bénin?»

Considéré comme à l'origine de la pétition qui a bloqué les championnats, ce comité estime au contraire vouloir assainir le football béninois et demande pourquoi les courriers venant de la FIFA ne font mention nulle part des multiples malversations et scandales reprochés à Monsieur Anjorin.

Pour le collectif, il est «inconcevable, qu’une mission se déroule dans des conditions de partialité aussi flagrante, et qu’elle penche pour une des deux parties dans un point de presse, alors qu’elle n’avait pas cela comme mission».

Et de mettre en garde la FIFA en ces termes:

«Monsieur le Secrétaire général adjoint, nous finissons par craindre que la FIFA veuille endosser la responsabilité du blocage du football au Bénin, puisque nous autres nous engageons à aller jusqu’au bout, convaincus d’être dans le sens de la raison, sens que la FIFA, dans sa grandeur et sa dignité, ne peut qu’approuver.»

Lors de l’Assemblée générale élective qui s’est effectivement tenue le 4 février 2011, 37 des 51 membres étaient présents. Après avoir constaté que le quorum était atteint (50% + 1), elle a procédé à l’élection à proprement parler des 14 membres du nouveau bureau du comité exécutif de la Fédération béninoise de football. Lequel a dorénavant à sa tête Victorien Attalou. Pour le nouveau bureau de la FBF, la crise du football béninois est maintenant terminée, si l'on en juge par le discours d'Attalou peu près l'Assemblée:

«En ce qui concerne la FIFA et la CAF, nous les rassurons de notre engagement à contribuer à la réussite des nobles et exaltantes missions qui leur sont assignées. Quant au ministère de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs, le comité exécutif que j’ai l’honneur de présider les rassure d’ores et déjà que la collaboration sera des plus responsables.»

Les stars de la diaspora font rêver

Au Bénin tout comme dans nombre de pays africains, les passionnés de football en ont plus qu'assez des querelles au sein de leurs fédérations, de la mauvaise organisation des clubs et des contre-performances de leurs équipes. A tel point qu’ils préfèrent se tourner vers les championnats européens dans lesquels évoluent des Africains.

Dans plusieurs bars des grandes villes d’Afrique —et même dans des petites villes où l’on dispose d’antennes paraboliques— les matchs de football des championnats européens mobilisent beaucoup de monde. Des panneaux plus ou moins géants permettent de suivre les différentes compétitions. A chaque match, il est loisible d’entendre de temps en temps des explosions de joie qui trouent le silence de la nuit quand un but est marqué.

Les pages sport des médias en Afrique en disent d’ailleurs long sur ce désintérêt pour les clubs du continent, puisqu’elles sont largement consacrées aux footballeurs africains évoluant en Europe.

Les Béninois soutiennent ainsi des clubs français comme Lyon, où évolue Sydney Govou, et les autres africains férus de football en font autant pour leurs stars à l’étranger avec Chelsea, le Real de Madrid, le FC Barcelone, l’Inter de Milan, etc.

Ces stars de la diaspora font en effet rêver des pépinières de jeunes qui ont besoin d’être encadrés. Mais les responsables des fédérations nationales préfèrent souvent s’occuper d'histoires de postes et de gros sous qui divisent, plutôt que de préparer la relève avec de bons championnats et sélections nationales —et c'est là que le bât, désormais, blesse.

Marcus Boni Teiga

Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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