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RDC: au moins six personnes arrêtées dans le nord-est

Au moins six personnes dont cinq militants d'un mouvement appelant à la confiscation des biens d'une trentaine de personnalités congolaises ont été arrêtées jeudi à Bunia dans le nord-est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris de sources concordantes.

"Nous avons vu une jeep de la police venir arrêter environ 8 ou 10 membres de la Lucha vers 11h30" (9h30 GMT) alors qu'"ils préparaient à tenir un point de presse sur la campagne Bye-Bye Kabila", a déclaré à l'AFP un fonctionnaire, sous couvert d'anonymat.

Ces "militants et d'autres personnes" sur les lieux "ont été brutalisés, on ne sait pas où ils ont été amenés", a-t-il ajouté, joint par téléphone de Kinshasa.

"Cinq de nos militants ont été arrêtés aujourd'hui à Bunia", a déclaré Serges Sivya, un militant de Lucha, à Goma, autre ville de l'Est où le lancement de cette "campagne s'est déroulé sans incident".

"C'est ridicule d'arrêter des gens pour un point de presse et penser que des telles intimidations vont arrêter le train de la démocratie" en RDC, a-t-il ajouté. 

Sur Twitter, le Bureau conjoint de l'ONU aux droits de l'Homme en RDC a fait état de l'"arrestation de 5 membres de Lucha" et d'"un journaliste à Bunia", revoyant à la baisse un bilan de sept personnes arrêtées donné dans un premier message.

Lucha est un mouvement congolais de jeunes indignés né à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, et qui se présente comme un "mouvement citoyen non-partisan et non-violent".

Dans un communiqué publié jeudi, l'organisation appelle néanmoins à la "saisie des avoirs" de 35 personnalités après le 19 décembre, date de la fin du mandat du président congolais Joseph Kabila. 

Sur cette liste de 35 personnes figurent M. Kabila et ses proches, quelques membres du gouvernement, des officiers de l'armée et de la police ayant, selon Lucha, des "comptes à rendre pour leurs crimes de sang ou économiques, quitte à hypothéquer l'avenir de septante millions de Congolais".

"On n'appelle pas à la révolte. C'est l'État qui va saisir leurs biens", a affirmé à l'AFP Bienvenu Matumo, un des animateurs de Lucha, ajoutant que "c'est l'ultime moyen de pression" sur ces personnes qui assument des responsabilités dans le "cercle restreint" du pouvoir.

"C'est irrationnel, c'est d'un ridicule innommable de la part de ceux qui veulent ligoter leur propre pays", a réagi auprès de l'AFP le porte-parole du gouvernement Lambert Mende.

"La haine ne peut pas guider les gens", a-t-il ajouté, s'interrogeant sur les "critères" qui ont conduit à l'élaboration de cette liste.

La campagne "Bye-Bye Kabila" a été lancée le 22 novembre à Kinshasa par une coalition de "mouvements citoyens" et de jeunes opposants congolais pour tenter d'obtenir que M. Kabila quitte le pouvoir le 20 décembre.

La RDC traverse une crise politique profonde depuis la réélection contestée de M. Kabila en 2011, aggravée par la non-tenue de la présidentielle et des législatives qui auraient dû avoir lieu cette année. Ces scrutins ont été reportés à une date indéterminée.

M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter. Le chef de l'État reste sourd aux exhortations de ses détracteurs qui le pressent de déclarer publiquement qu'il ne sera pas candidat à la prochaine présidentielle. 

AFP

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