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Ethiopie: arrestation d'une figure historique de l'opposition

Le président du Congrès Fédéral Oromo (OFC) et figure historique de l'opposition éthiopienne, Merera Gudina, a été arrêté mercredi pour avoir rencontré en Europe un opposant condamné à mort en Ethiopie, a annoncé la radio gouvernementale Fana.

Ce professeur d'université de 60 ans a de la sorte "violé" les directives liées à l'état d'urgence décrétée dans le pays en réponse à une vague de contestation anti-gouvernementale, sans précédent depuis 25 ans, a indiqué Fana sur son site internet. "Il fait l'objet d'une enquête".

Plus tôt ce mois-ci, M. Gudina avait rencontré à Bruxelles Berhanu Nega, un activiste de l'opposition condamné par contumace à la peine capitale en Ethiopie.

M. Gudina s'était par ailleurs exprimé devant le parlement européen aux côtés du marathonien médaillé d'argent aux Jeux de Rio, Feyisa Lilesa, qui avait reproduit en passant la ligne d'arrivée le signe de protestation des Oromo: les bras croisés au-dessus de sa tête, comme s'ils étaient ligotés. M. Lilesa vit depuis en exil.

La formation politique de M. Gudina a indiqué qu'il avait été arrêté à son domicile d'Addis Abeba, peu après le retour de son voyage en Europe.

Il a été arrêté "avec trois personnes de son entourage qui lui rendaient visite" et se trouve en détention dans un lieu "inconnu", a indiqué à l'AFP Beyene Petros, le président de Medrek, la principale plateforme d'opposition éthiopienne, dont l'OFC est une composante.

"C'est la première fois que (les autorités) s'en prennent au plus haut niveau de l'organisation. J'ai du mal à comprendre. Merera a toujours agi pacifiquement et selon les règles", a ajouté M. Petros.

M. Gudina avait vivement critiqué la répression, qui a déjà fait plusieurs centaines de morts selon les organisations de défense des droits de l'Homme, de l'actuelle contestation anti-gouvernementale.

Emprisonné pendant plusieurs années sous la dictature communiste de Mengistu, M. Gudina croisait volontiers le fer avec les dirigeants éthiopiens sur les plateaux des télévisions étrangères, mais n'avait jamais été inquiété par le régime actuel.

Il attribuait sa liberté de parole à un rôle de "caution d'opposition" face à la domination sans partage du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), au pouvoir depuis 25 ans.

Depuis l'état d'urgence décrété le 9 octobre, les autorités éthiopiennes procèdent à des arrestations massives, avec 11.607 personnes détenues dans les régions Oromo, Amhara et dans la capitale Addis Abeba, principaux foyers de contestation anti-gouvernementale, selon des chiffres officiels datant du 12 novembre.

Parmi les personnes interpellées figurent des dirigeants de petits partis d'opposition, dont Molla Wase, représentant de l'ethnie Agaw, des journalistes et au moins deux blogueurs du Collectif Zone 9, lesquels avaient déjà été emprisonnés pendant 539 jours au titre de la loi antiterroriste éthiopienne avant d'être libérés en octobre 2015.

Les autorités éthiopiennes avaient indiqué le mois dernier avoir libéré au moins 2.000 personnes arrêtées pour avoir participé à des manifestations anti-gouvernementales, et ce après les avoir fait suivre un programme de "rééducation" et de "conseils".

AFP

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