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Black Sheep surrounded. Crédit photo: Leon Riskin via Flickr. CC BY
Black Sheep surrounded. Crédit photo: Leon Riskin via Flickr. CC BY

Comment notre cerveau fabrique des préjugés

Selon notre couleur de peau, nous n'aurons pas la même réaction face à une personne noire ou blanche qui frappe à notre porte. Et tout cela de manière inconsciente.

Les humains sont des créatures sociales très perfectionnées. Nos cerveaux nous ont permis de survivre et de prospérer au milieu d’environnements sociaux complexes. Ainsi, les comportements et les émotions qui nous permettent d’évoluer au sein de notre sphère sociale sont enracinés au sein d’un réseau de neurones à l’intérieur de nos cerveaux.

Les motivations sociales, comme le désir de faire partie d’un groupe ou de se mesurer à d’autres personnes, figurent parmi les pulsions les plus élémentaires. En fait, nos cerveaux peuvent évaluer en une fraction de seconde l’appartenance aux «endogroupes», («nous»), et aux «exogroupes», («eux»). Jadis nécessaire à notre survie, cette capacité est devenue, en grande partie, un handicap pour la société.

Comprendre le réseau neuronal contrôlant ces impulsions, ainsi que celles qui les modèrent, peut nous éclairer sur la façon dont on peut guérir cette plaie pour notre monde que représentent les injustices de notre société.

Les préjugés dans le cerveau

En psychologie sociale, le préjugé envers un individu se définit comme l’attitude qu’on prend à son égard à partir de son appartenance à un groupe. Les préjugés ont évolué parmi les humains parce qu’à une époque, ils nous permettaient d’éviter un péril réel. À la base, le préjugé est simplement l’association d’un signal sensoriel – par exemple la vue d’un serpent dans l’herbe ou le grognement d’un loup – à une réponse comportementale innée (ainsi le combat et la fuite).

Dans des situations dangereuses, le facteur fondamental, c’est la mesure du temps. Les êtres humains ont donc mis en place des mécanismes pour réagir instantanément à des signaux visuels que nos cerveaux, sans qu’on en soit conscient, jugent menaçants. Notre héritage cérébral induit une tendance à juger de façon erronée un événement dangereux alors qu’il est tout simplement bénin. Il est plus sûr d’émettre des hypothèses «fausses/positives» (éviter quelque chose de bien) que de faire des suppositions «fausses/négatives» (ne pas éviter quelque chose de mauvais).

Nos cerveaux peuvent évaluer en une fraction de seconde l’appartenance au groupe. Daniela Hartmann, CC BY-NC-SA

Les neurosciences ont commencé à démêler ce qui, dans le cerveau humain et ses structures de neurones, sous-tend le préjugé. Celui-ci, nous le savons désormais, met en action un comportement qui suit un chemin neuronal complexe dans les régions du cortex et du sous-cortex.

Une structure appelée l’amygdale est l’endroit qui dévolue dans le cerveau à la crainte et l’émotion. Les travaux effectués en psychologie ont pointé de façon constante la peur dans le comportement fondé sur le préjugé. Pour cette raison, la majeure partie des recherches concernant le cerveau dans ce domaine se sont concentrées sur l’amygdale et les régions du cortex qui influent sur elle.

Pleins feux sur l’amygdale

Dans une étude réalisée par Jaclyn Ronquillo et ses collègues, 11 jeunes Blancs, ont subi une IRMf pendant qu’on leur montrait des photos de visages de diverses couleurs. Quand il s’agissait de visages de Noirs, il en est résulté une plus grande activité de l’amygdale que lorsqu’ils regardaient des Blancs. L’activation de l’amygdale a été la même pour les visages de Noirs plus ou moins colorés, mais les personnes de race blanche dotées d’un teint sombre ont déclenché une plus grande activation que celles avec un teint plus clair. Les auteurs en ont conclu que des traits africains entraînaient une peur inconsciente parmi les Blancs de cette cohorte.

Des recherches plus récentes ont accrédité la nature persistante du préjugé dans la psyché humaine. Chad Forbes et ses collègues ont découvert que même des sujets se prévalant de ne pas être soumis aux préjugés pouvaient en connaître dans certaines situations. Les sujets blancs étudiés expérimentaient une activation de l’amygdale au spectacle de visages de Noirs écoutant du rap violent et machiste ; mais aucune réaction s’ils écoutaient du death metal ou pas de musique du tout.

De façon tout à fait intéressante, les chercheurs ont trouvé qu’était également activée une zone du cortex frontal – une région du cerveau censée diminuer l’activation de l’amygdale.

Les auteurs de l’étude ont émis cette hypothèse: la musique renforcerait un stéréotype négatif à propos des Noirs, créant une situation où des Blancs se montrent incapables de modérer les émotions liées à leurs préjugés. En fait, les auteurs ont supposé que le cortex frontal – une zone du cerveau qu’on considère généralement comme la plus « élevée » parmi les fonctions cérébrales – a été mobilisée au contraire pour servir à justifier les préjugés ressentis par les participants qui écoutaient du rap.

Selon d’autres travaux, la réaction de l’amygdale à des visages appartenant à des «exogroupes» n’est pas liée stricto sensu à des caractéristiques comme la race. Cet organe réagit à n’importe quelle catégorie d’«exogroupes». Sa réponse dépend de la façon dont une personne juge qu’une information est significative ou pas: votre adhésion à une équipe sportive, votre sexe, votre orientation sexuelle, votre choix d’établissement scolaire, etc.

Les cerveaux peuvent contrôler les partis-pris

Comme le souligne l’étude Forbes et al., notre capacité à contrôler un biais implicite dépend du cortex frontal du cerveau. Région particulièrement importante du cortex: le cortex médian préfrontal (mPFC en anglais).

C’est là que se trouve l’empathie et que se forment les impressions sur autrui. Il nous aide à envisager les différentes perspectives. Une carence d’activité du mPFC est associée à des préjugés portant la marque de la déshumanisation et d’une vision des autres considérés comme des objets. Par exemple, on sait que l’activation du mPFC s’amplifie quand nous avons affaire à une personne jouissant de l’estime générale ou possédant du prestige, comme les pompiers ou les astronautes. Ce n’est pas le cas s’il s’agit de quelqu’un qu’on méprise ou qui nous dégoûte, tel qu’un drogué ou un sans-abri. Les hommes aux attitudes hautement sexistes ont moins d’activité du mPFC en regardant des images sexuelles de corps féminins. Ces hommes pensent également que les femmes sexualisées n’ont que «peu de contrôle sur leur propre vie».

Si l’on considère l’ensemble, il semble que malgré la possibilité de voir le cortex frontal capable de réduire nos préjugés innés envers certaines personnes, ils sont grandement influencés par le contexte. En d’autres termes, notre souhait de ne pas avoir de parti-pris peut parfois être contrarié par une exposition médiatique valorisant des portraits stéréotypés de certains groupes humains.

Pour avancer, il est essentiel de prendre en compte non seulement l’architecture neurale du préjugé, mais aussi le contexte au sein duquel nous vivons, nous les humains.

Parmi les questions fréquentes que soulève ce domaine de recherche, celle-ci: l’activation de l’amygdale face à des personnes d’autres races est-elle en place dès notre naissance ou bien s’agit-il d’un phénomène acquis? Jusqu’à présent, la recherche suggère que l’activité de l’amygdale en réaction à des membres des «exogroupes» n’est pas innée et qu’elle se développe au cours de l’adolescence. De même, des études soutiennent que l’exposition à la diversité dès l’enfance peut réduire, à l’âge adulte, la prépondérance du critère de race.

Dans le monde d’aujourd’hui, les individus sont plus connectés que jamais: des réseaux sociaux à Skype et à l’enchaînement sans fin d’informations, ils sont exposés à une diversité en augmentation constante. Nous sommes aussi, en tant que communauté globale, confrontés à cette évidence : la discrimination et la violence fondées sur les préjugés existent toujours. C’est devenu un impératif humain de transcender ces impulsions qui divisent et ne sont plus utiles à notre survie. Les neurosciences ont commencé à nous éduquer sur les comportements innés de l’homme. À nous, désormais, de savoir comment s’en servir au mieux.

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The Conversation

Par Caitlin Millett, PhD candidate in Neuroscience, Pennsylvania State University

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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