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En Egypte, le parcours du combattant des avocats de l'opposition

Arrestations, gel des avoirs, vexations: en Egypte, les avocats des droits de l'Homme luttent chaque jour dans les commissariats et les tribunaux contre la répression du pouvoir, souvent au risque de la subir eux-mêmes.

En ce samedi d'octobre, dans la salle des pas perdus aux murs décatis d'un tribunal du Caire, Me Mokhtar Mounir, un avocat de 26 ans, a attendu plus d'une heure le début d'une audience pour des mineurs "arrêtés arbitrairement".

Sans attendre le verdict, l'avocat poursuit sa journée marathon dans une académie de police à la périphérie de la capitale, où les autorités ont installé un tribunal pour les procès sensibles.

Là, il passe un détecteur de métal et laisse son téléphone portable à l'entrée. Peu après, il apprend que la détention provisoire d'un de ses clients, le journaliste-chercheur Ismaïl Alexandrani, spécialiste des mouvements jihadistes du Sinaï arrêté fin 2015 et accusé de publication de "fausses informations", a été prolongée.

"Il n'y a pas d'Etat de droit. Ceux qui s'opposent au régime risquent la prison à tout moment", regrette Me Mounir. Pourtant, ce samedi est pour lui une journée plutôt "calme".

Depuis qu'il a destitué l'islamiste Mohamed Morsi en 2013, l'ex-chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi, élu président un an plus tard, est régulièrement accusé par ses détracteurs de réprimer implacablement toute voix dissidente.

Détentions provisoires prolongées, difficultés à s'isoler avec l'accusé pour préparer sa défense ou encore à assister à son interrogatoire par le parquet: tels sont les déboires quotidiens que doivent affronter les avocats de l'opposition.

Me Mounir évoque aussi la question des disparitions forcées: "C'est quelque chose qui nous prend beaucoup de temps. Il faut chercher la personne dans les commissariats, les directions de police, présenter des plaintes auprès de différentes institutions", déplore-t-il.

En juillet, Amnesty international a affirmé que le phénomène a connu "une multiplication sans précédent". 

-'Avocat aujourd'hui, accusé demain'-

"Les derniers procès auxquels j'ai assisté, les juges ont leur opinion toute faite à ton sujet. +C'est toi, celui des droits de l'Homme. Vous n'allez pas vous calmer un peu?+", résume Me Gamal Eid, un vétéran du domaine.

Ses avoirs ont été gelés et il fait l'objet d'une interdiction de quitter le territoire dans le cadre d'une vaste enquête sur les financements étrangers de la société civile.

Critiquées sur la scène internationale, les autorités ont affirmé respecter "l'indépendance du pouvoir judiciaire", assurant que le droit égyptien garantissait "un procès équitable et impartial aux accusés, dans le respect de leurs droits".

Mais un avocat islamiste, sous couvert de l'anonymat, se plaint d'irrégularités de procédure: "On t'empêche de rendre visite à ton client en prison. Et si c'est autorisé, des officiers de police vont assister à l'entretien et tout noter".

"Parfois les avocats ne peuvent même pas prononcer leur plaidoirie, on refuse de convoquer les témoins qu'ils réclament", déplore-t-il. "On traite l'avocat comme s'il était complice".

Mohamed Abdel Hafez et Ashraf Shoeïb, deux autres avocats défendant des islamistes, se sont ainsi retrouvés inculpés dans un procès où ils défendaient des prévenus accusés d'attaques contre la police. "Un officier les a accusés d'utiliser leur profession pour faire parvenir des messages de détenus à leurs camarades à l'extérieur", souligne l'un des avocats en charge de leur défense.

Détenus depuis plus d'un an, ils attendent toujours leur verdict.

Un autre avocat, Me Malek Adly, a été libéré fin août après plus de trois mois de détention. Il est accusé de "tentative de renversement du régime" et "diffusion de fausses informations". 

Il avait appelé à des manifestations contre la rétrocession à l'Arabie saoudite en avril des deux îles de Tiran et Sanafir, décidée par le gouvernement égyptien. Il avait également engagé un recours pour la faire annuler. 

"Avocat aujourd'hui, accusé demain", déplore de son côté Me Anas Sayed, qui représente son confrère, Me Sayyed al-Banna, visé par des accusations similaires et remis en liberté après cinq mois de détention.

"Imaginez-vous, deux jours plus tôt, on était ensemble au tribunal, il portait sa robe noire, on préparait notre plaidoirie. Et soudain, je me retrouve à le défendre".

AFP

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