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Un fermier tunisien tient une grenade à la main. Photo AFP
Un fermier tunisien tient une grenade à la main. Photo AFP

En Tunisie, la grenade est la star de l'automne

En cet automne à la canicule finissante, la grenade a, comme de coutume, fait son apparition sur le bord des routes tunisiennes. Importé par les Phéniciens puis les Andalous, le célèbre fruit rouge suscite un intérêt grandissant, au-delà de ses bienfaits traditionnels.

Cette année, l'ouverture de la récolte a fait l'objet d'un rendez-vous inédit, un «festival des grenades» qui s'est tenu de jeudi à dimanche à Testour (nord), bourgade d'environ 15.000 habitants surtout connue pour sa médina et sa Grande mosquée, mélange inédit d'architecture locale et espagnole. Dans cette ville fondée par des réfugiés maures venus d'Espagne au XVIIe siècle, les curieux se sont pressés aux séances de dégustation et autres colloques scientifiques consacrés à ce fruit aux grains rouges.

Mais dans une région frappée par les difficultés sociales, les organisateurs (commune, syndicat agricole et Association de sauvegarde de la médina) n'ont pas caché l'objectif principal de l'initiative: promouvoir le potentiel économique d'un produit longtemps négligé.

«Avec ce festival, on veut essayer d'élargir notre production et nos perspectives de commercialisation à l'export», déclare à l'AFP Kamel Abidi, directeur du comité d'orientation agricole de Testour.

«La culture de la grenade ici, c'est un horizon prometteur si on parvient à travailler convenablement sur le projet, en s'appuyant notamment sur l'expansion des superficies de production», renchérit Mohamed Naoui, un des organisateurs. Si la Tunisie compte parmi les principaux producteurs mondiaux, elle est à ce jour absente du palmarès des champions de l'export que sont l'Espagne, la Turquie ou encore Israël. Ses principaux marchés se trouvent en Libye, en France voire en Russie, mais aussi dans le Golfe. 

Derrière l'huile d'olive et les dattes

Avec 4.500 tonnes écoulées l'an dernier à l'étranger, la filière se positionne encore loin des deux produits phares de l'agriculture tunisienne, l'huile d'olive et les dattes. Mais en quelques années, la production est passée de 67.000 tonnes à plus de 80.000. Quant aux seules exportations, elles n'excédaient pas 1.500 tonnes en 2012 (et pas plus de 149 tonnes en 1990!).

Les 23.000 hectares cultivés se trouvent, en premier lieu, dans la région de Gabès (sud-est). Mais Testour arrive en 2e position. «Notre production est d'à peu près 12.000 tonnes, 13.500 à l'échelle du gouvernorat de Béja, indique fièrement Kamel Abidi. Une petite part, 10% environ, est exportée vers la Libye», ajoute-t-il.

Mais l'un des marchés les plus prometteurs reste l'Europe, proche géographiquement et où les ventes progressent à la faveur de l'image positive véhiculée par le fruit, réputé pour sa teneur en vitamine C et en antioxydants, entre autres. Ces dernières années, des missions ont été menées par le ministère de l'Agriculture lors de salons, notamment en Italie, pour faire connaître la grenade tunisienne.

Lutte contre le vieillissement des cellules, l'hypertension, les infections de la peau, l'acidité de l'estomac... Président de l'Association de sauvegarde de la médina, Rachid Soussi sait tout des vertus du «fruit du paradis». Pour permettre à la région de faire fructifier économiquement la culture de la grenade, il plaide toutefois pour la création d'un «label» unique --d'autres parlent d'«Appellation d'origine»--, jugeant le grand nombre de variétés locales (17) contre-productif.

«Pour développer l'exportation, nous avons besoin (...) de mettre en place un circuit unique de collecte, avec un prix standard aligné sur les cours du marché international», ajoute Mourad Hefdhi, un agriculture de Testour. Mais les difficultés restent nombreuses.

«Pour obtenir une subvention, il faut beaucoup de temps. (...) Les difficultés au niveau de l'administration sont les mêmes pour obtenir l'eau d'irrigation», déplore-t-il.

Slate Afrique avec AFP

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