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Gabon: la rentrée scolaire prise en otage par les tensions post-électorales

C'est toujours l'heure des vacances obligatoires au Gabon où la rentrée scolaire est reportée sine die, prise en otage par des tensions post-électorales entre le pouvoir d'Ali Bongo Ondimba et des syndicats qui avaient appelé à voter Jean Ping.

Les écoles publiques qui ont abrité des bureaux de vote ont bien connu un afflux d'électeurs le 27 août, mais les salles de classe n'ont pas ouvert leurs portes comme chaque année autour du 1er octobre pour recevoir quelque 750.000 élèves du primaire et du secondaire (sur 1,8 million d'habitants), selon les chiffres du ministère de l'Education.

Ces vacances sans fin commencent à peser sur les nerfs des parents et des élèves du secteur public (les établissements privés qui ont commencé l'année scolaire ont été autorisés à reprendre les cours mardi par le gouvernement qui leur avait demandé la veille de fermer leurs portes pour éviter une école à deux vitesses).

A Port-Gentil, Mbina Mouguengui, 18 ans, une lycéenne en terminale, s'inquiète pour "la validation de son année scolaire, au cas où la totalité des mois de cours ne serait pas respectée".

Parent d'élève, Jeanne-Pierrette Onganga redoutent que deux autres événements, les législatives prévues en décembre et la coupe d'Afrique des Nations de football en janvier, "grignotent d'autres jours sur le calendrier scolaire".

La colère des parents d'élèves s'exprime  même dans les pages du quotidien l'Union, fervent soutien du président Ali Bongo.

"Les enfants se retrouvent encore à la maison parce que le gouvernement n'a pas pris les mesures dans les délais. Gouverner, c'est prévoir", affirme une mère de famille, Mado Zang, cité par le journal mardi.

"C'était prévisible au regard de tous les problèmes enregistrés lors de l'élection présidentielle", ajoute un père, Gérard Josué Mboumba.

Ces "problèmes enregistrés" (réélection contestée d'Ali Bongo sur fond de manifestations et d'émeutes, déploiement et assauts sécuritaires, avec des morts et des arrestations...) ont alimenté la colère des syndicats, qui avaient de toutes façons appelé à voter pour le candidat de l'opposition Jean Ping.

Les syndicats réclaments de longue date le paiement d'un arriéré de primes. Leur nouvelle revendication est bien plus politique: pas de rentrée scolaire sans la libération de nos camarades arrêtés en marge des tensions électorales, a prévenu mardi le président de la confédération syndicale Dynamique unitaire, Jean-Rémy Yama.

Dynamique unitaire demande en particulier la libération d'une syndicaliste médecin, Sylvie Nkogue Mbot, arrêté le 6 octobre parce qu'elle aurait rédigé un rapport sur les "blessés par balles et autres projectiles" lors des manifestations post-électorales, d'après ses proches.

- L'école en otage -

Président du syndicat national des enseignants chercheurs (Snec), M. Yama sait de quoi il parle: il vient de passer trois mois en prison après avoir été arrêté le 9 juillet, accusé d'incitation à la violence et de troubles à l'ordre public contre un rassemblement pro-Ali Bongo. Des faits jamais prouvés, assure-t-il.

"Je sors de là très fort, très aguerri et avec dix fois plus d'envie de continuer le combat pour l'amélioration des conditions de travail et de vie des travailleurs gabonais", a-t-il assuré dans un entretien à l'AFP.

Le ministre de l'Education Florentin Moussavou est prévenu, mais rappelle qu'il n'a pas la capacité de libérer les détenus: "Je souhaite que nos compatriotes syndiqués fassent la différence entre ces revendications et puis la réalité de la chose scolaire".

Au fil d'un entretien avec l'AFP, M. Moussavou dévoile les vraies raisons du report sine die de la rentrée scolaire: "Pourquoi voudriez-vous que le ministre de l'Education décide d'une rentrée des classes qui va être pourri par un mot d'ordre de grève ? Nous voulions cette année que chacun commprenne que l'école ne doit pas être prise en otage".

"Nous avons voulu cette année prendre en compte des problèmes qui ont miné le fonctionnement de nos écoles", poursuit le ministre qui cite entre autres "un afflux d'élèves en sixième" et "les passerelles entre l'enseignement général et l'enseignement technique".

"La rentrée des classes est programmée. Elle aura lieu dans les prochains jours. Nous nous apprêtons à faire une annonce", promet-il enfin.

Même après la rentrée, l'école publique gabonaise retrouvera un autre problème endémique: des classes surchargées, de 50 à 150 élèves en collège à Libreville, d'après un enseignant. Les syndicats accusent le pouvoir de ne pas avoir assez construit d'établissements. 

AFP

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