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Lors d'une manifestation le 16 janvier 2015, un sénégalais brandit une pancarte au nom des auteurs des attaques  de Paris. AFP
Lors d'une manifestation le 16 janvier 2015, un sénégalais brandit une pancarte au nom des auteurs des attaques de Paris. AFP

Le chômage et la «défense de l'islam» poussent de jeunes sénégalais à la radicalisation

Une enquête du Timbuktu institute dévoile de manière inédite les raisons qui poussent de jeunes dakarois à se tourner vers l'islam radical.

Sur son propre sol, le Sénégal ne connaît pas l'odeur affreuse du terrorisme. Le pays a pour le moment été épargné par la vague récente d'attentats perpétrés en Afrique de l'Ouest par les djihadistes de différents groupes armés. Le 20 novembre 2015, c'est Bamako qui était touché avec une prise d'otages sanglante à l'hôtel Radisson Blu, puis dans la nuit du 15 au 20 janvier 2016, trente personnes étaient tuées en plein centre-ville de Ouagadougou au Burkina Faso. Enfin, le 19 mars des terroristes ont fait feu sur la plage de Grand-Bassam en Côte d'Ivoire laissant derrière eux 19 victimes. 

À lire aussi: Entre islam radical et frontières poreuses, le Sénégal craint la contagion terroriste

Mais, Dakar sait que, comme les capitales voisines, elle est une cible de choix pour les terroristes en raison de ses liens étroits avec la France et les Etats-Unis, mais aussi de son islam modéré. Nous expliquions dans un article publié sur Slate.fr comment le gouvernement de Macky Sall avait discrètement renforcé la lutte anti-terrorisme en renforçant notamment les contrôles aux frontières avec le Mali et la Mauritanie, en accentuant la surveillance de mosquées salafistes et en traçant de manière plus rigoureuse l'argent venu de l'étranger pour financer des organisations religieuses. 

«Avant, construire une mosquée était forcément une bonne action; aujourd’hui, on surveille la provenance des financements. Ainsi, la construction de la mosquée de l’aéroport de Dakar a été stoppée, car il y avait de forts soupçons sur des liens avec des ramifications de réseaux djihadistes», nous confiait en janvier 2016 Henri Ciss, le porte-parole de la direction de la police nationale.

«La première raison invoquée est la défense de l’Islam»

Surtout, depuis plusieurs mois, des combattants sénégalais ont été repérés dans les rangs d'al-Qaïda au Maghreb islamique, Boko Haram ou de l'Etat islamique. Ce qui inquiète les autorités qui craignent le retour clandestin de djihadistes sur le sol national. 

Pour mieux mesurer la menace que représente le terrorisme au Sénégal, l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux, aussi appelé Timbuktu institute, a réalisé une large enquête auprès de jeunes sénégalais pour mieux comprendre leur rapport à l'islam radical et les motivations qui peuvent conduire une minorité d'entre-eux à se radicaliser. Les résultats des entretiens menés avec 400 jeunes âgés de 18 à 35 ans dans les banlieues de Dakar comme les Parcelles Assainies, Pikine et Guédiawaye, sont saisissants. 

L'enquête révèle que 90% des sondés n'ont pas l’intention de s’engager dans un groupe qui défend un islam dit «radical». Les 10% restant ont été interrogés sur les raisons qui pourraient les pousser à se radicaliser.

«Pour ceux-là, "la première raison invoquée est la défense de l’Islam (48%)". Par ailleurs, ils se sont dits "satisfaits ou n’ont montré aucune réaction aux actions terroristes les plus médiatisées telles que les attentats de Paris" et ont fait part de leur désaccord avec "la présence militaire étrangère, américaine et surtout française qui, selon eux, exposerait le pays à plus de risques". Leurs réponses sur des sujets socio-économiques ont également montré qu’il existe au sein de cet échantillon de jeunes prêts à "rejoindre un groupe radical" un rejet du système éducatif "officiel" et un sentiment de "marginalisation"», analyse le Timbuktu institute dans son rapport.

«Compléter les solutions purement sécuritaires»

La conclusion du rapport reprend les idées de nombreux spécialistes de l'islam radical qui proposent à l'Etat sénégalais de «compléter les solutions purement sécuritaires», qui n'ont «jamais permis de régler la question du terrorisme». L’équipe du Timbuktu Institute estime ainsi qu’il est urgent de lutter contre le chômage des jeunes et de proposer un modèle de société plus égalitaire.

«Pour ne pas tomber dans le piège dressé par l’idéologie djihadiste, le Sénégal ne doit pas verser dans une répression exagérée à l’encontre des milieux fondamentalistes. Les djihadistes, l’État islamique en tête –bien qu’il ne soit pas directement une menace au même titre qu’Aqmi au Sénégal–, poursuivent par leurs attentats un grand objectif: celui de détruire la "zone grise", qui correspond à l’espace occupé par les musulmans modérés dans la société. Si l’État sévit trop fort contre les milieux religieux, des musulmans qui n’adhéraient pas à l’idéologie djihadiste peuvent basculer dans le terrorisme par révolte contre la répression ou l’exclusion dont ils sont victimes», écrivions-nous sur Slate.fr à ce sujet. 

Des mots toujours d'actualité. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

Ses derniers articles: L'Algérie, un pays qui se transforme en fossile  Le bonheur des Gambiens qui se réveillent dans une dictature devenue démocratie  Le Maroc confronté au retour de centaines de djihadistes sur son sol 

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