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Bénin: à la veille du jour J, Cotonou dit "bienvenue" au pape Benoît XVI


Une affiche annonçant la venue de pape Benoït XVI le 14 novembre dans une rue de Cotonou AFP Issouf Sanogo

Sur les affiches, le Bénin lui dit "bienvenue" en français et dans ses langues locales: après les coups de balai et dans les odeurs de peinture fraîche, Cotonou se prépare à accueillir vendredi le pape Benoît XVI pour sa deuxième visite en Afrique.

Dans la capitale économique d'1,2 million d'habitants, les panneaux publicitaires vantant bières ou téléphonie mobile sont depuis quelques jours concurrencés par des images de la silhouette du pontife. "L'Afrique est un continent d'espoir", proclame sur une affiche celui qui s'était rendu en 2009 au Cameroun et en Angola.

Durant sa visite de trois jours dans ce petit pays d'Afrique de l'Ouest, terre du vaudou qui célèbre cette année les 150 ans de son évangélisation, il remettra aux évêques du continent une exhortation apostolique issue du synode africain de 2009.

Pour l'occasion, tandis que les drapeaux du Bénin et du Vatican claquent partout au vent, la capitale aux rues encombrées d'innombrables motos s'est offert son grand ménage de rigueur.

Grandes et moins grandes artères ont été nettoyées, de nombreuses façades repeintes.

Ca sent encore la peinture fraîche à l'église Sainte-Rita, où Benoît XVI rencontrera samedi des orphelins. L'une des pensionnaires du foyer, Claudia, a "écrit une poésie" pour le pape, dit-elle à l'AFP. Il y est question de "paix" et de "sincérité", murmure la fillette au T-shirt usé avant de rejoindre en courant ses amis.

Place de l'Etoile rouge, le plus grand carrefour de la ville, Honorine Deboton n'est pas moins ravie de ce séjour béninois: "le pape vient voir ses enfants".

Dans les effluves de poisson frit et au rythme saccadé d'un "coupé décalé", rythme ivoirien assez peu catholique, la dame a un autre motif de réjouissance. Les affaires, "ça va bien", glisse-t-elle: elle vend des pagnes à la triple effigie de Benoît XVI, de son prédécesseur Jean Paul II et du cardinal béninois Bernardin Gantin, figure du catholicisme africain disparue en 2008.

Plus d'un millier de policiers et gendarmes seront mobilisés pour cette visite, jusqu'à la messe de dimanche au "stade de l'amitié" de Cotonou.

Sont attendus durant trois jours près de 10.000 pèlerins venus d'Afrique de l'Ouest et d'au-delà (Europe, Amérique...), souligne le père André Quenum, chargé de la communication au comité d'organisation. Il s'appuie sur au moins un millier de "bénévoles actifs", dont beaucoup de jeunes.

Quid de la "réconciliation", thème de ce déplacement? Il tombe à pic, juge le religieux. Même si le Bénin est "tranquille", il reste sans "unité nationale" et "il y a un besoin de réconciliation" dans ce pays qui garde le souvenir de la traite négrière et de la colonisation française et demeure marqué par les "tensions tribales", affirme-t-il.

Peut-être faudra-t-il commencer par consoler les marchands dont les baraquements sauvages ont été détruits pour donner plus fière allure à Cotonou, comme au grand marché Missebo (centre-ville). Pavés, morceaux de tôle et ferraille témoignent du passage tout récent des tracteurs de la mairie.

"Moi, je regrette l'arrivée du pape", peste Haruna Oladeji, un petit vendeur de chaussures. "On m'a chassé dans le vide", dit-il, menaçant de redevenir un "bandit" si rien n'est fait pour lui.

Les agents des sociétés publiques béninoises, eux, peuvent souffler. Le gouvernement a reporté en début de semaine son projet de suspendre leurs primes, face à la menace d'une grève qui aurait fait désordre en pleine visite papale. "L'Esprit Saint a visité nos gouvernants", s'amuse Rodrigue Kouffemou, un responsable syndical.