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La cathédrale de Cotonou, capitale économique du Bénin, le 17 novembre 2011. REUTERS/Finbarr O'Reilly
La cathédrale de Cotonou, capitale économique du Bénin, le 17 novembre 2011. REUTERS/Finbarr O'Reilly

Le pape qui s'attaque au pays du vaudou

Le pape Benoit XVI a entamé le 18 novembre un périple au Bénin. Une étape qui n'a rien de facile dans un pays où les religions les plus diverses sont en compétition.

Le Bénin est connu à travers le monde entier pour être le berceau du vaudou, l’une des grandes religions traditionnelles d’Afrique. Mais depuis l’arrivée des premiers missionnaires il y a 150 ans, la curie romaine s’est fait une place de choix dans le paysage religieux du pays. De 1928 à nos jours, un millier de prêtres béninois ont été ordonnés et des milliers de gens se sont convertis. Même si le christianisme (27%) n’est pas la première religion au Bénin, elle devance l’islam (22%) et occupe actuellement la deuxième position après le vaudou (37%).

Coexistence pacifique

Le Bénin est manifestement un bon exemple de coexistence pacifique entre toutes les religions. Le symbole le plus éloquent se trouve d’ailleurs à Ouidah où la Basilique de l’Immaculée Conception qui date de 1903 fait face au Temple vaudou des pythons. Le Bénin est l’un des rares pays africains à ne pas connaître des conflits ou violences interreligieuses. Bien au contraire, le dialogue entre les différentes religions a souvent été ce qui l’a plutôt sauvé lors des crises sociopolitiques majeures qu’il a traversées. Un dialogue que Jean-Paul II s’était déjà fait fort d’encourager lors de ses déplacements au Bénin.

Les adeptes de l’Eglise catholique entretiennent donc d’excellentes relations avec ceux des autres confessions religieuses et vice-versa. La visite du pape Benoît XVI, du 18 au 20 novembre, est pour la communauté chrétienne d’Afrique et du Bénin en particulier un événement et une occasion de grande communion. Le choix du Bénin a été motivé par plusieurs raisons. D’abord le fait que le Bénin fut en Afrique un important point de départ des esclaves vers les Amériques. Entendu que l’exhortation apostolique post synodale de la deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du synode des évêques avait pour thème général: «Africae Munus».  En d’autres termes, «l’engagement de l’Afrique» sur la justice, la paix et la réconciliation concernant ce douloureux passé. Selon Federico Lombardi, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, «Benoît XVI vient apporter un message d’encouragement et d’espérance, bien conscient des problèmes qui existent» en Afrique.

Le premier pape noir n'est pas pour demain

Entre ses rencontres officielles, messages et célébrations, il aura également à effectuer le seul déplacement prévu dans son agenda à Ouidah. L’occasion est aussi propice pour le pape d’honorer la mémoire du Cardinal Bernadin Gantin dont une statue géante a été érigée au champ de foire de Cotonou. L’esplanade elle-même a, du reste, été rebaptisée par la mairie «Place Bernadin Gantin». C’est là l’autre intérêt de ce voyage, au-delà de l’esprit du thème du synode des évêques: justice, paix et réconciliation.

En effet, Bernadin Gantin fut consacré Cardinal par le pape Paul VI en même temps que Joseph Ratzinger aujourd’hui Benoît XVI. Et il devient le premier Africain à atteindre le grade le plus élevé dans la hiérarchie de l’Eglise catholique romaine, en dirigeant un dicastère.

Succession du pape

A la mort du pape Jean-Paul Ier en 1978, il est considéré comme l’un des favoris pour la succession lors du conclave. Mais il n’est pas élu. Avec l’avènement du pape Jean-Paul II, il le nomme en 1984 président de la commission pontificale pour l’Amérique Latine et préfet de la congrégation des évêques. Les Béninois et tous les Africains qui rêvaient de voir un des leurs accéder à la papauté finissent par déchanter. Après que des aménagements aient été apportés à la succession du pape. Ce qui privera le Cardinal Bernadin Gantin d’un éventuel couronnement. Le 13 mai 2008, il meurt à Paris après avoir insisté dans son testament à être inhumé dans son Bénin natal.

«Je regrette que le Cardinal Bernadin Gantin ne soit pas devenu pape. Dans le même temps, je comprends bien que l’Eglise catholique romaine n’était pas encore prête à voir un pape Noir. La réalité est que ce n’est pas au sein des dirigeants de l’Eglise que le véritable problème se pose mais au sein de ses adeptes. Je pense qu’en ce moment où il y a de moins en moins de croyants en Occident, cette perspective présentait un risque pour l’Eglise elle-même. Mais ça va venir. J’ai espoir…», confie Jean-François Kossouho, architecte et catholique pratiquant. Malgré cet espoir déçu, les Africains et les Béninois en général ne sont pas de moins en moins croyants. Une foi qui ne se départit toutefois pas de pratiques qui relèvent du syncrétisme. La religion traditionnelle vaudou s’accouplant à merveille avec toutes les religions importées. Aujourd’hui, le vaudou ne résiste pas seulement aux influences étrangères mais connaît aussi un certain renouveau.

Jamais le pays n’avait vécu un tel retour aux sources que ces dernières années. En témoigne la multiplication des temples vaudou et l’engouement que la pratique suscite aujourd’hui. En cela, il faut dire que les jeunes générations d’adeptes ont réussi à démystifier le culte vaudou en lui donnant une autre image beaucoup plus catholique que celle qui l’assimilait à l’occultisme. Dans ce contexte, la visite du pape Benoît XVI avait bien un intérêt à plus d’un titre.

Tollé chez les Béninois

Pour sa première visite au Bénin, les autorités de la ville de Cotonou n’ont pas fait dans la dentelle afin de rendre coquette la capitale économique du pays aux yeux de leur illustre hôte. Comme si cette ville devait attendre la visite d’un personnage aussi illustre que celle du pape pour être maintenue dans un état de salubrité normal. Mais c’est surtout la brutalité et la précipitation avec lesquelles ces opérations de déguerpissements ont été conduits qui ont suscité un tollé chez les Béninois, notamment dans la presse. Il ne pouvait en être autrement quand on sait qu’ils sont nombreux à vivre de petits métiers. Pour Jean Agossou, vendeur d’essence sur le trottoir à Cotonou, «si on a voulu ainsi cacher la misère des Béninois, on l’a plutôt aggravée. Car les boutiques qui ont été cassées, les vendeurs qui ont été chassés des abords des voies mettront du temps à reconstituer leur capital de commerce. Je ne pense pas que le pape aurait approuvé cela s’il l’avait su».

Le Bénin est coutumier de ce genre d’opérations et de mesures. Lors de la visite du pape Jean-Paul II, les autorités béninoises de l’époque avaient procédé de la même façon. Non sans susciter les mêmes réactions. Pourtant, cela n’a pas empêché les petits commerçants de se réinstaller peu après. Au point que beaucoup se demandent aujourd’hui à Cotonou si le jeu en valait vraiment encore la chandelle.

Marcus Boni Teiga

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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