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Une affiche à l'effigie de Mohammed VI lors d'un déplacement à Tunis, le 30 mai 2014. FETHI BELAID / AFP
Une affiche à l'effigie de Mohammed VI lors d'un déplacement à Tunis, le 30 mai 2014. FETHI BELAID / AFP

Le Maroc, royaume de la stabilité cinq ans après le Printemps arabe

Les Marocains sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau gouvernement lors des élections législatives du 7 octobre.

Au Maroc, qui s'apprête à voter vendredi 7 octobre, la dernière élection législative datait de 2011, année du Printemps arabe. Dans le sillage de la Tunisie et de l'Egypte, le royaume chérifien avait été confronté à un «printemps marocain». Des dizaines de milliers de personnes avaient manifesté dans les rues des grandes villes du pays pour exiger plus de démocratie et de justice sociale.

Emmené par le Mouvement du 20-février, les manifestants rêvaient simplement de plus de liberté. D'abord tolérés par le régime à la fin de l'hiver 2011, les rassemblements d'opposants ont peu à peu été réprimés par les forces de l'ordre jusqu'à déboucher sur un pic de violence au mois de mai et au décès de Kamal Ammari, un manifestant, tabassé à mort par la police à Safi. 

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Plutôt que de s'arc-bouter au risque de se faire déborder, la monarchie avait répondu à la contestation par une réforme de la Constitution et l'organisation d'élections législatives anticipées. Une réponse concrète du souverain qui avait satisfait l'opinion publique. Le Parti de la justice et du développement (PJD), qui représente les islamistes, avait empoché la mise en remportant le scrutin national organisé au mois de juillet 2011. Abdelilah Benkirane, le leader du PJD, avait été ensuite nommé au poste de Premier ministre par le roi. 

Un régime consensuel

Contrairement à ses son voisin tunisien, le Maroc a traversé le quinquennat sans forte houle. Ni violences politiques, ni mouvements sociaux d'importance, ni attentats pour venir déstabiliser le régime. Pourtant le régime, Mohammed VI en tête, prône un islam modéré et est la cible des djihadistes. 

Pourquoi le royaume n'a t-il pas traversé de turbulences? Les explications sont nombreuses et les racines de la stabilité marocaine sont profondément enfouies dans le sol. 

«Il y a une situation sociale qui est problématique avec des inégalités très fortes, mais cela ne met pas en danger le régime, explique Jean-Noël Ferrié, directeur de Sciences-Po à l'université internationale de Rabat. Il est très difficile pour les personnes qui n'ont pas de travail de se coaliser. L'importance de l'emploi informel absorbe la possibilité de contestation. Ensuite, la plupart des partis travaillent de manière consensuelle à l'intérieur du régime. Il n'y a pas de parti historiquement fort au Maroc. Tous les partis doivent s'entendre pour former une coalition qui dirigera le pays».

En 2011, les Marocains qui sont descendus dans la rue n'ont jamais demandé la fin du régime, ni le départ du roi. Mohammed VI n'est pas Ben Ali ou Moubarak. Une majorité des habitants se dit favorable à la monarchie et à son représentant. Ce qu'illustre par exemple les nombreux selfies de Marocains qui se pressent pour se prendre en photo avec le monarque.  

Mohammed VI sur un chantier dans le quartier de Youpougon à Abidjan en Côte d'Ivoire, le 26 février 2014. ISSOUF SANOGO / AFP

«Cohabitation difficile»

Mais «M6» n'a pas qu'un rôle de représentation. C'est toujours lui qui contrôle la vie politique marocaine, distribue les bons et les mauvais points en fonction des actions et des paroles politiques de chacun. Si le PJD remporte le scrutin du 7 octobre, le roi ferait face à une formation politique qui s'ancre sur la longueur au pouvoir: Une première depuis l'indépendance du royaume que le régime devra forcément apprendre à gérer. 

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«Au bout de cinq ans, il y a une cohabitation difficile entre le roi et Benkirane (le Premier ministre), dit Souleïman Bencheikh, auteur de l'essai Le Dilemme du roi où la monarchie marocaine à l'épreuve. Benkirane veut rallier sa base et adopte un discours à son auditoire. Le palais lui reproche ce double-discours. Le PJD se plaint également d'avoir été victime de l'arbitraire du pouvoir et de ne pas avoir eu les mains libres». Des reproches qui passent mal dans les salons feutrés du palais.

En cas de victoire du PJD, Mohammed VI pourrait donc être tenté de nommer un autre membre du parti à la tête du gouvernement pour garder sa place au soleil. Mais avant d'arriver à ce scénario, le PJD devra s'imposer avec une avance confortable ou bien se mettre d'accord avec une autre formation politique pour former une nouvelle coalition. En coulisse, le roi pourrait tirer les ficelles pour parvenir à un résultat qui lui convient, avec une coalition par exemple dirigée par le Parti authenticité et modernité (PAM), qui prône un islam ouvert et est réputé être proche de la monarchie.

Plus riche que riche

Ces petits jeux politiques ne doivent pas cacher l'essentiel. L'alternance est la clé de la bonne santé du Maroc. Tous les grands partis historiques ont déjà gouverné et les coalitions obligent les différents gouvernements à une large ouverture en leur sein. 

Mais pour poursuivre sa bonne marche, le royaume chérifien doit également réduire les inégalités économiques et le chômage élevé chez les jeunes. Le bilan économique du quinquennat du PJD n'est pas brillant. «Le taux de croissance annuel a été en moyenne de 3,2 %, l’un des plus faibles depuis les années 1960», explique l’économiste Abdelkader Berrada dans les colonnes du journal Le Monde. Il dénonce également des mesures ayant plutôt réduit le pouvoir d’achat des Marocains, tels que la hausse des prix de l’eau et de l’énergie.

Car sans progrès réels de leur niveau de vie, les Marocains jugeront peut-être de manière plus sévère le train de vie du roi dont la fortune est évaluée à 5,7 milliards de dollars par le magazine Forbes et qui détient 35% de la Société nationale d'investissement qui gère de nombreux pans de l'économie locale. L'entourage du roi avait d'ailleurs été éclaboussé dans les révélations de l'affaire du Panama Papers, qui avait levé le voile sur les identités des propriétaires de comptes offshore. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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