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La gauche marocaine, ou l'histoire d'un long naufrage

Avec les législatives du 7 octobre, la Fédération de la gauche démocratique (FGD) veut ressusciter la gauche marocaine, longtemps la principale force d'opposition sous Hassan II, mais tombée ces dernières années en état de mort quasi-clinique.

Fondée en 2007, la FGD est une alliance de trois partis de gauche dite radicale: le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti de l'avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et le Congrès national Ittihadi.

Elle se veut en fait l'héritière d'une quatrième formation, l'Union socialiste des forces populaires (USFP), fer de lance de l'opposition contre l'ancien souverain, et parti historique auquel ont appartenu plusieurs grandes figures de l'indépendance, comme Mehdi Ben Barka.

En 1975, l'USFP fait le "choix démocratique" de jouer le jeu du système. A la faveur de "l'alternance" voulue par l'ex-souverain, elle devient la première force politique du pays avec les législatives de 1997. Et participe dès lors aux affaires dans plusieurs gouvernements, jusqu'en 2007.

Cette période marque sa lente et inexorable décomposition. L'USFP n'est plus aujourd'hui que l'ombre d'elle-même. Devenue une formation de notables, perçue comme un parti du système et souvent accusée d'opportunisme, elle semble à des années-lumière, de l'idéologie révolutionnaire de ses fondateurs.

Dans son naufrage, l'USFP a entraîné toute la gauche, atomisée (l'ancien Parti communiste du Maroc est ainsi membre de l'actuel gouvernement islamiste) et incapable de se rassembler.

La participation de l'USFP au gouvernement à partir de 1997, "dans des conditions qui n'étaient pas à leur avantage, a porté un coup fatal à la gauche", analyse pour l'AFP Abdellah Tourabi, chercheur et chroniqueur politique marocain.

"Depuis, l'USFP, vaisseau amiral de la gauche, est en déclin permanent", constate M. Tourabi.

"Il y a aussi un problème d'ordre intellectuel et idéologique. Le logiciel de la gauche est devenu obsolète et n'a pas su se renouveler depuis les années 80", estime-t-il.

"Son discours, axé sur l'égalité sociale et la lutte contre l'absolutisme, était attractif, mais il a cessé de l'être. La gauche n'arrive plus à séduire sa clientèle historique et sa cible principale, c'est à dire les classes moyennes urbaines", décrypte le politologue.

"Une autre force a pris la place aujourd'hui: le PJD (parti islamiste, ndlr). Ce dernier remporte aujourd'hui le plus de sièges dans les grandes villes, là où la gauche triomphait auparavant".

Début 2011, le Mouvement du 20 février, version marocaine du Printemps arabe, a relancé les espoirs de plusieurs formations de gauche, qui ont soutenu les manifestants.

Ambitionnant, à la faveur des législatives d'octobre, d'incarner une "troisième voie", ces partis, regroupés derrière le FGD, se posent aujourd'hui en alternative à la bipolarisation du champ politique entre "conservateurs" islamistes et "faux modernistes" soutenant le système.

AFP

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