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Attaque terroriste au Kenya: la version policière remise en cause par des ONG

Des organisations de défense des droits de l'Homme remettent en cause la version officielle d'une "attaque" menée en septembre dans un commissariat au Kenya par trois femmes présentées comme des "sympathisantes" du groupe Etat islamique, accusant la police kényane de les avoir en fait exécutées sommairement.

Selon la version des événements relayée par les autorités, la police a déjoué le 11 septembre une attaque terroriste contre un poste de police de la ville côtière de Mombasa, dans le sud-est du pays.

Ces femmes - dont l'une aurait porté un gilet d'explosifs - seraient entrées dans le poste, puis auraient lancé une bombe incendiaire et agressé deux policiers à coups de couteau, avant d'être tuées.

L'affaire avait fait grand bruit car, tels que les faits étaient présentés, il s'agissait d'une double première au Kenya: un attentat perpétré par des femmes et au nom de l'EI. L'agence Amaq, organe de propagande de l'EI, a elle-même affirmé que les trois femmes étaient des "sympathisantes" de l'organisation jihadiste.

Mais la thèse de la police a rapidement été contestée, ce qui a incité l'organisme indépendant chargé de la superviser à lancer une "enquête approfondie", a précisé le président de cet organisme, Macharia Njeru. Cette enquête est susceptible de mener à des sanctions disciplinaires ou à des poursuites judiciaires à l'encontre des policiers impliqués.

Deux organisations de défense des droits de l'Homme donnent une version différente. Selon elles, les trois femmes seraient en fait allées au poste pour déclarer le vol d'un téléphone portable.

Elles se seraient défendues quand un policier aurait tenté d'enlever de force le hijab voilant l'une d'entre elles, et auraient ensuite été abattues. 

- "La police fabrique des histoires" -

La police aurait brûlé l'un des corps pour accréditer sa version. Mais il n'y aurait, selon ces organisations, ni couteau, ni gilet d'explosifs, ni complot terroriste, ni aucun co-conspirateurs, même si sept personnes ont ensuite été arrêtées.

"La police au Kenya fabrique des histoires pour justifier qu'elle tue des gens", accuse Otsieno Namwaya, en charge de l'Afrique à l'organisation Human Rights Watch (HRW). "Ils utilisent le mot +terrorisme+ pour justifier toutes sortes de meurtres".

Mais dans ce cas précis, la police "peine à fabriquer une histoire", estime-t-il. "Il y a tant de questions sans réponse", assure-t-il. Son impression est renforcée par deux vidéos macabres.

La première montre deux des femmes gisant au sol à l'extérieur du poste de police. Il s'agit de Maimuna Abdirahman Hussein, 22 ans, et Tasmin Abdullahi Farah, le "cerveau" présumé. 

L'une est assise le bras droit en l'air, près de l'autre corps qui repose face contre terre, avant de se rouler sur le dos. Pendant les deux minutes suivantes, au moins deux policiers tirent jusqu'à sept balles sur elles.

La seconde vidéo, qui aurait été filmée à l'intérieur du poste, montre une femme affreusement brûlée - Ramla Abdirahman Hussein, 19 ans - gémissant à terre pendant que les policiers l'interrogent.

Pour Khelef Khalifa, président de l'organisation Muslims for Human Rights (MUHURI), basée à Mombasa, l'appel à la prière entendu sur ces images prouve que la femme est restée sans assistance médicale pendant au moins deux heures, avant de décéder.

- "Une exécution extra-judiciaire" -

"Nous considérons ça comme une exécution extra-judiciaire", dit-il. "Une personne morte ne parle pas". M. Khalifa remet également en doute la version donnée par la police.

"C'est extraordinaire! Trois femmes vont attaquer un poste de police avec un couteau ? Ces filles ne peuvent même pas voler quelque chose chez moi, donc certainement pas dans un poste de police", lance-t-il.

Vendredi, une autopsie des corps des deux soeurs a été reportée sine die et le lendemain ils ont été enterrés. "Au Kenya, vous ne pouvez pas aller au tribunal en cas de mort sans une autopsie. Ils veulent étouffer l'affaire", dénonce M. Khalifa.

La police kényane est régulièrement accusée de recourir aux exécutions extra-judiciaires sous couvert de lutte contre le terrorisme, voire de tuer des personnes qui ont eu maille à partir avec elle.

Pour l'heure, elle n'a pas montré l'équipement que les trois femmes étaient censées avoir. L'authenticité d'une lettre manuscrite dans laquelle celles-ci se déclaraient sympathisantes de l'EI n'a pas non plus été établie.

En juillet, quatre policiers kényans ont été inculpés pour les meurtres brutaux fin juin d'un avocat, de son client et de leur chauffeur. Ces assassinats, précédés de torture, avaient suscité une vive émotion dans le pays et conduit le barreau kényan à décréter une grève des prétoires d'une semaine.

Pour les défenseurs des droits de l'Homme, les contradictions de la police et l'étrangeté de certaines accusations dans l'affaire de Mombasa ne sont que trop habituelles. "Ca peut paraître choquant à quelqu'un qui ne sait pas ce que la police fait. Mais c'est classique", assure M. Namwaya.

AFP

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