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Al Faqi Al Mahdi, l'ancien "shérif" islamique de Tombouctou, condamné par la CPI

Versé depuis son plus jeune âge dans l'étude du Coran, le Touareg malien Ahmad Al Faqi Al Mahdi, condamné mardi à neuf ans de prison par la Cour pénale internationale (CPI) pour la destruction de mausolées à Tombouctou, a incarné le nouvel ordre jihadiste imposé dans le nord du Mali en 2012.

Né il y a une quarantaine d'années dans la tribu maraboutique des Kel Ansar, à Agoune, à 100 km à l'ouest de Tombouctou, cet homme barbu à l'abondante chevelure bouclée, décrit comme réservé, voire introverti, a été le maître d'oeuvre de la démolition de ces monuments classés au Patrimoine mondial de l'humanité.

En costume gris, chemise blanche et cravate rayée, il a écouté attentivement, hochant de temps en temps la tête, la lecture du jugement de la CPI mardi à La Haye (Pays-Bas), qui l'a condamné à l'unanimité pour la destruction en 2012 de neuf des mausolées de Tombouctou et de la porte de la mosquée Sidi Yahia.

La CPI a néanmoins reconnu des circonstances atténuantes à ce jihadiste malien, qui avait plaidé coupable et demandé pardon à l'ouverture du procès le 22 août, "plein de remords et de regrets", demandant à ses compatriotes de le considérer comme "un fils égaré".

Diplômé de l'Institut de formation des maîtres (IFM) de Tombouctou, ancien fonctionnaire de l'Education malienne qui a vécu en Libye et en Arabie saoudite, il a fréquenté très tôt l'école coranique.

"Parmi les 82 élèves de la madrassa, Ahmad avait de loin la mémoire la plus phénoménale. Il avait tout le Coran dans la tête", se souvient El Hadj Mohamed Coulibaly, son ancien maître d'école coranique dans les années 1980 à Nara, dans la région de Koulikoro (ouest).

"On ne pouvait pas le coller ni le prendre en défaut", raconte à l'AFP M. Coulibaly, aujourd'hui imam d'une petite mosquée de la périphérie de Bamako.

- La carotte et le bâton -

Un moment directeur d'école à Douentza (centre-nord), Ahmad Al Faqi Al Mahdi est de retour à Tombouctou peu avant l'entrée des jihadistes en avril 2012.

A cette époque, "chargé des affaires religieuses" au sein de la représentation locale de l'Association des jeunes musulmans du Mali (AJMM), il fait figure de "gardien du temple", intransigeant sur les principes et prônant ouvertement l'application de la charia.

Il côtoie alors Sanda Ould Boumama, qui deviendra porte-parole d'Ansar Dine, un groupe jihadiste majoritairement touareg. Père de trois garçons, il est marié à la nièce de Houka Ag Alfousseyni, juge islamique de la ville, un appui qui favorisera son ascension après l'avènement des jihadistes.

Il se rapproche des nouveaux maîtres de Tombouctou, dont il devient l'idéologue, et le chef de la hisbah, la brigade islamique des moeurs qu'il met en place en avril 2012. Il rejoint alors les rangs d'Ansar Dine.

"M. Al Mahdi a d'abord attiré l'attention des groupes armés en raison de sa réputation d'érudit religieux", soulignait en mars un des procureurs de la CPI. "Il était populaire dans sa communauté, ce qui lui permettait d'en convaincre les membres de se rallier à leur cause".

A la tête de sa brigade, "il utilisait la carotte et le bâton. Il pouvait brutalement fermer des boutiques pour obliger les gens à se rendre à la mosquée", notamment le vendredi, témoigne un religieux de Tombouctou sous couvert d'anonymat.

Moralisateur, Ahmad Al Faqi Al Mahdi n'a pas hésité, selon des témoins, à fouetter lui-même des femmes qu'il jugeait "impures". A contrario, il lui est arrivé de réunir des fumeurs pour les convaincre de renoncer à leur addiction, plutôt que de les flageller séance tenante, selon le même religieux.

Il avait un côté "shérif de la ville", résume un élu local, selon lequel il se prenait parfois pour "le chef des imams" de Tombouctou.   

En 2012, l'ancien enseignant expliquait à un journaliste de l'AFP qu'il avait brièvement reçu à Tombouctou que son rôle était de "justifier toutes les décisions appliquées au nom de la charia, au nom du Coran", jugeant "absolument normal de couper la main d'un voleur".

"Le Prophète a dit de casser les mausolées parce que tous les gens sont égaux et donc, dans un cimetière, une tombe ne doit pas être plus élevée qu'une autre", avait-il affirmé, entouré de combattants armés jusqu'aux dents.

Mais au cours du procès, il a affiché une repentance totale. "C'est mon espoir que les années que je vais passer en prison me permettront de me purger des esprits diaboliques qui avaient pris possession de ma personne", avait-il déclaré.

AFP

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