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L'Ouganda tente d'en finir avec l'une des routes les plus dangereuses au monde

Dans son costume blanc immaculé de policière, Edith Nanteza dégage une autorité naturelle au barrage routier. Elle a à peine besoin de lever la main pour se faire obéir des automobilistes engagés sur l'une des routes les plus dangereuses de la planète.

Edith est en première ligne de l'opération "Fika Salama" ("Arriver sain et sauf" en swahili), lancée par le gouvernement ougandais pour tenter de rendre la nationale entre Kampala et Masaka (130 km) moins meurtrière.

Du sommet d'une colline, elle surveille la route. Un halo de chaleur s'élève à l'horizon du macadam brûlant. "Plus de 200 personnes sont mortes sur cette route depuis janvier. Ça a été un massacre", déclare-t-elle.

Un chiffre comparable à celui enregistré sur la tristement célèbre route des Yungas, surnommée la route de la mort, dans les montagnes de Bolivie, où entre 200 et 300 personnes étaient tuées chaque année avant qu'un nouvel itinéraire ne soit tracé en 2006.

Ici, ce n'est pas tant le relief qui rend la route mortelle que son piètre état et l'imprudence des automobilistes. La sorcellerie est aussi invoquée pour expliquer ce bilan. Et nombre d'automobilistes s'en remettent à Dieu avant d'emprunter la "route de Masaka".

Dans le jardin du poste de police local, à Mpigi, Edith pointe du doigt les carcasses de véhicules accidentés, amas de tôle déchiquetée.

"Récemment, 21 personnes dont un enfant sont mortes dans un seul accident", dit-elle. "Une voiture a essayé de doubler le véhicule qui la précédait, mais a percuté un semi-remorque. Le chauffeur a perdu le contrôle du camion, qui s'est encastré dans deux taxis-minibus".

- Le comportement des conducteurs -

Nsubuga Shabal, qui allait à Kampala avec sa femme et son fils de 7 ans, a été pris dans cet accident. "Ma femme est morte sur le coup. Notre enfant vit avec des parents. Il est encore blessé et a besoin d'un traitement, mais je ne peux pas m'occuper de lui car je suis encore en train de récupérer", raconte-t-il.

"Et j'ai perdu mon emploi, car je ne peux pas marcher correctement à cause de mes blessures", ajoute-t-il.

Pour la commissaire adjointe Sarah Kwibika, en charge de l'opération Fika Salama, "90% des accidents sont dus à une erreur humaine".

"La vitesse trop élevée, des dépassements dangereux dans les virages, des camions surchargés, des véhicules en mauvais état, et la conduite en état d'ivresse sont les principales causes. C'est uniquement lié au comportement des conducteurs", assure-t-elle.

Pour d'autres, la route elle-même, qui a été améliorée grâce au soutien de donateurs internationaux, n'est pas adaptée. Son revêtement a été refait à la fin des années 2000, puis des voies de dépassement ont été ajoutées pour tenter de limiter le nombre d'accidents sur cet axe très fréquenté.

Mais un rapport commandité par le gouvernement a établi que plus d'un million de dollars (896.000 euros) avait disparu ces sept dernières années en raison de la corruption ayant entaché certains contrats, incitant l'Union européenne à demander des comptes.

L'an passé, le président ougandais Yoweri Museveni a ordonné que les 900 employés de l'organisme en charge de la voirie soient renvoyés.

La route reliant Kampala à Masaka fournit un accès indispensable aux camions de marchandises venant du port de Mombasa au Kenya et transportant les biens importés à destination de la République démocratique du Congo, du Rwanda et du Burundi, via l'Ouganda.

- L'½uvre du diable -

Mais en dépit de son importance pour le commerce régional, le tourisme et les automobilistes ougandais, les gens rechignent de plus en plus à l'emprunter.

Le mois dernier, un camion de l'ONU transportant de l'aide alimentaire d'urgence pour le Burundi a quitté la route et est venu s'écraser sur une maison.

Les touristes qui vont vers l'ouest, à la frontière avec le Rwanda, pour observer les gorilles des montagnes, préfèrent désormais pour la plupart prendre l'avion et éviter la route.

Face à la gravité de la situation, certains groupes religieux ont décidé de prendre les choses en main. Sur le bas-côté de la route, le révérend Bibiru verse de l'huile sur le marquage au sol, tandis qu'une quinzaine de ses disciples entonnent des chants et des prières.

"C'est la première fois que nous exorcisons une route", dit-il très sérieusement. "Il y a eu beaucoup de sorcellerie quand l'autoroute a été construite, c'est pour ça que tant de gens meurent ici", souffle-t-il. "C'est le diable qui a rendu cette route si dangereuse".

La commissaire Kwibika se veut plus pragmatique. "Nous poursuivrons en justice, implacablement, chaque conducteur commettant la moindre infraction. Sans aucune exception", promet-elle.

Mais la réalité est bien plus nuancée. La conduite sans permis n'est sanctionnée que d'une amende de 50 dollars, et la justice ½uvre si lentement qu'aucun des récents accidents mortels n'a encore débouché sur un procès.

Soudain, la commissaire est interrompue par le téléphone. Edith l'appelle pour l'avertir d'un nouvel accident. Kwibika a le souffle court: son propre cousin est parmi les blessés.

AFP

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