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Une femme à l'hôpital psychiatrique de Maiduguri, le 16 septembre 2016. STEFAN HEUNIS / AFP
Une femme à l'hôpital psychiatrique de Maiduguri, le 16 septembre 2016. STEFAN HEUNIS / AFP

Elles étaient les femmes de combattants de Boko Haram et amoureuses

Contrairement aux milliers de femmes kidnappées par le groupe terroriste, certaines ont choisi volontairement de se marier avec des djihadistes.

Au Nigeria, où Boko Haram perd toujours du terrain dans le nord-est du pays face aux troupes gouvernementales et à la coalition régionale, des centaines de milliers de réfugiés reviennent peu à peu dans leur région d'origine d'où elles avaient été éloignées par les atrocités commises par le groupe terroriste. 

«Le gouvernement a depuis la fin août facilité le retour de plusieurs milliers de personnes de Maiduguri, la capitale de l'Etat fédéral de Borno, aux villes de Dikwa, Konduga et Mafa. Les autorités locales affirment qu'elles ont relocalisé 1.120 personnes à Dikwa mardi 20 septembre, et que de nouveaux mouvements sont prévus dans les jours et les semaines à venir», note l'Agence des Nations unies pour les réfugiés dans un communiqué publié le 23 septembre.  

Le recul des positions de Boko Haram dans les recoins les plus reculés du nord-est du Nigeria a également eu d'autres conséquences. Dans la ville de Walasa, située à proximité de la frontière avec le Cameroun, l'armée pensait libérer un groupe de captives de djihadistes. Mais les jeunes femmes rassemblées dans cette localité ont accueilli avec tristesse l'arrivée des soldats: elles étaient les femmes aimantes de combattants de Boko Haram, comme le raconte le média qatari Al Jazeera. Leurs hommes, chassés par l'armée, ont fui en laissant femmes et enfants derrière eux.

«Mon mari n'était pas un terroriste»

Parmi elles, Iyeza-Kawu, 33 ans. «Mon mari n'était pas un terroriste. Les soldats l'ont tué», se plaint-elle. Comme des dizaines d'autres épouses, elle va maintenant recevoir un traitement psychologique apprécié, a annoncé le gouverneur de l'Etat de Borno.

Contrairement aux milliers de jeunes filles enlevées par la secte islamique depuis plusieurs années, dont les 217 lycéennes de Chibok, Iyeza-Kawu et les autres femmes de combattants de Boko Haram ont choisi leur mari, en sachant qu'ils combattaient pour le groupe terroriste. Le site Foreign Affaires a recueilli les témoignages de plusieurs femmes qui ont quitté leur époux pour partir partager leur vie avec des djihadistes. Parmi les diverses motivations de ces femmes, un facteur se dégage: l'argent. 

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Aisha, une jeune nigériane de 25 ans, raconte ainsi comment après l'opération de séduction de djihadistes venus prêcher le salafisme en 2012 dans sa ville de Banki, à quelques kilomètres du Cameroun, elle décidait de quitter son mari. «J'étais fatigué de lui et je voulais un homme riche.... Je savais bien sûr qu'il y avait beaucoup d'hommes riches à Boko Haram», confie-t-elle. Les terroristes lui avaient promis une allocation régulière de l'équivalent de 15 dollars et une meilleure nourriture en cas de mariage avec l'un des leurs. 

De nombreux cadeaux

«Je me suis soumise de manière volontaire», explique une autre femme qui a souhaité rester anonyme. Elle raconte à Foreign Affairs qu'elle a quitté son premier mari pour un ami de son frère, qui était un membre apprécié au sein de Boko Haram. Comme Aisha, elle a bénéficié d'un train de vie supérieur à son quotidien d'avant, avec notamment de nombreux cadeaux comme des chaussures, des bijouc... Cette jeune femme âgée aujourd'hui de 21 ans précise qu'elle n'a «jamais été maltraitée»

L'histoire d'Amira, une autre jeune nigériane, est encore plus surprenante. Fuyant un combat entre djihadistes et soldats de l'armée régulière, elle est stoppée par un homme qui lui demande si elle est déjà mariée. Elle réfléchit à sa proposition pendant un mois, et décide de le rejoindre. Il a suivi une éducation occidentale, est réputé intelligent. «C'est parce que je suis une femme éduquée qu'il m'a choisie. Les autres filles n'allaient pas à l'école, elles étaient timides.»

Mais ces «belles» histoires restent des exceptions. De nombreuses épouses de combattants djihadistes ont rapporté les châtiments réservés aux femmes qui n'obéissaient pas, les sévères leçons religieuses et l'éloignement forcé de leurs familles. Et la plupart des épouses sont des captives, enlevées à leur famille lors de raids où sous la menace de représailles. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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