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Des musulmans assistent à la prière du vendredi à Maroua, le 16 septembre 2016. AFP/Reinnier Kaze
Des musulmans assistent à la prière du vendredi à Maroua, le 16 septembre 2016. AFP/Reinnier Kaze

Le Nigeria vit toujours dans la peur de Boko Haram

"Nous sommes là pour sécuriser les lieux", assure l'un d'eux sous couvert d'anonymat. "Dispersez-vous", lance-t-il soudainement, s'adressant d'un ton ferme à des bergers qui échangent des civilités à l'entrée du marché. "Nous veillons à ce qu'il n'y ait pas d'attroupement à l'extérieur du marché", explique le policier.

Les kamikazes du groupe islamiste nigérian Boko Haram visent généralement les lieux à forte concentration humaine. De sources sécuritaires, le marché au bétail est une cible privilégiée pour eux.

Le quartier populaire Pont-vert a déjà été la cible d'un attentat. Dans la soirée du 25 juillet 2015, une fillette s'était fait exploser, tuant au moins 20 personnes.

Dans cette zone où snacks, "circuits" de vente de bil-bil (bière locale à base de mil), "call-box" (cabine téléphonique de fortune) et autres comptoirs de vente de médicaments de la rue se mêlent aux maisons d'habitation, personne n'a oublié les attentats.

L'ambiance est pesante dans le quartier. "Nous avons peur d'autres kamikazes", concède Boukar Isma, vendeur de médicaments de la rue.

Assis derrière une caisse remplie de cartons de médicaments, ce rescapé de l'attaque se plaint de douleurs récurrentes au dos. Il a été touché par des éclats lors de l'attaque: "Il y a des fers dans mon corps", dit-il.

Installé près de lui, le vieux Siddi Founaboui se considère comme un miraculé. Il soulève sa chemise et montre deux cicatrices de blessures au ventre. "Je n'arrive pas à tenir debout longtemps (...) "L'attentat a complètement bouleversé ma vie. Avant, je faisais de la maçonnerie, mais je ne peux plus le faire", souligne-t-il.

- Blessures et traumatismes -

 

Devant une auberge du quartier, un employé, Kidmo Dobé, a pris place sur un banc, arborant un polo sur lequel on peut lire: "hommage aux victimes de l'attentat du Pont-vert, 25 juillet 2015".

"C'est important de ne pas les oublier", réagit M. Dobé. Pour lui, "la guerre n'est pas finie" et la peur des gens est compréhensible. Ce gérant d'auberge constate que l'économie du quartier "tourne au ralenti".

A la nuit tombée, la police vient régulièrement obliger commerces et snacks à fermer. Ailleurs dans la ville, si les virées nocturnes commencent à être tolérées, les fêtards traînent rarement dehors au-delà de 23H00 (22H00 GMT).

A Barmaré, une des deux zones visées par un double attentat-suicide le 22 juillet 2015, un des rescapés, Moustapha Sali, a vu sa vie basculer. Il a perdu son ½il droit dans l'attaque et sa main gauche est partiellement paralysée.

Sur le lieu de l'attentat, deux arbres portent encore les traces des explosions. M. Sali, père de sept enfants, accepte de s'asseoir au pied de l'arbre où il se trouvait le jour de l'explosion: "Je ne m'assoie plus ici tout le temps comme avant. J'ai peur d'une nouvelle attaque. Ce n'est pas facile d'oublier ce qui s'est passé".

Après quatre mois à l'hôpital, Moustapha Sali a regagné sa maison, mais il souffre aujourd'hui encore de "problèmes de nerfs". Il ne bénéficie plus d'un suivi médical gratuit. Il a dû abandonner son métier de menuisier et ne survit que grâce à la générosité des proches.

"L'attentat a complètement changé ma vie. Avant, je faisais tout. Maintenant, je ne fais plus rien".

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