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Paul Kagame, le président du Rwanda, le 12 décembre 2011 à Kampala en Ouganda. MICHELLE SIBILONI / AFP
Paul Kagame, le président du Rwanda, le 12 décembre 2011 à Kampala en Ouganda. MICHELLE SIBILONI / AFP

L'université de Yale fait polémique en honorant Paul Kagame

Le prestigieux établissement universitaire américain a mis à l'honneur le président du Rwanda sur la question des droits de l'homme, alors que toute opposition politique est réprimée dans le pays.

Paul Kagame est un chef d'Etat africain aux deux visages. Le premier, le meilleur, est celui d'un dirigeant qui a remis le Rwanda sur le droit chemin après le terrible génocide de 1994. Sur le plan économique, le pays est devenu un modèle dans la région, notamment en pariant sur les nouvelles technologies. Kigali est aujourd'hui un endroit où se ruent les investisseurs occidentaux et les ONG qui bénéficient de conditions favorables. La corruption y est faible par rapport à l'ensemble du continent, selon l'indice de Transparency international.

Mais Paul Kagame est également un autocrate qui a modifié la Constitution du pays – une mesure approuvée par référendum – pour se maintenir au pouvoir de manière possible jusqu'en 2034. Toute opposition politique est également sévèrement réprimée à l'intérieur du pays. 

Dans son rapport 2016 des droits humains au Rwanda, l'ONG Amnesty international résume parfaitement la dualité du régime:

«L’essor économique et le développement se sont poursuivis, mais les restrictions pesant sur la liberté d’expression ont été renforcées. Les journalistes, les défenseurs des droits humains et les membres de l’opposition évoluaient dans un environnement répressif», peut-on lire en introduction du rapport. 

«Bienvenue au boucher»

Une nuance dont ne s'est pas trop embarrassée la prestigieuse université américaine de Yale, qui a honoré le président du Rwanda pour «son combat pour les droits de l'homme», en l'invitant a donné une conférence sur le sujet devant ses étudiants. Un choix qui a fait polémique de l'autre côté de l'Atlantique. La conférence était prévue ce 20 septembre et sponsorisée par Coca-Cola. 

De nombreux étudiants se sont indignés contre cette invitation sur les réseaux sociaux et même dans l'amphithéâtre où devait se produire Paul Kagame, comme le montre une vidéo du blog The Real news posté sur Youtube. 

Le journal étudiant de l'université, Yale news, a également publié sur son site un éditorial pour dénoncer la venue de Paul Kagame. «Bienvenue au boucher» est intitulé l'article. Le ou les auteurs expliquent en préalable avoir fait exception en ne signant pas de leur nom l'éditorial pour ne pas mettre en danger leur sécurité. On peut ensuite y lire ces lignes:

«Je me suis senti horrifié quand j'ai appris que (...) l'université a invité Paul Kagame, le dictateur qui dirige le Rwanda depuis 1994, pour la conférence annuelle du fond mondial de Coca-Cola à Yale». 

Sur le réseau social Twitter, le directeur exécutif de l'ONG Human rights watch a également dénoncé la venue du président rwandais. 

«Kagame a assassiné 30.000 personnes, dirige un état policier brutal et l'université de Yale l'honore pour les "droits de l'homme?", écrit-il. 

Paul Kagame est un allié important des Etats-Unis en Afrique de l'est dans la lutte anti-terrorisme, mais la Maison-Blanche avait critiqué la volonté de l'homme fort rwandais de se maintenir au pouvoir.

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

Ses derniers articles: Le bonheur des Gambiens qui se réveillent dans une dictature devenue démocratie  Le Maroc confronté au retour de centaines de djihadistes sur son sol  En Gambie, ce sont les billes qui désigneront le nouveau président 

Paul Kagamé

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