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Gabon: Ali Bongo critique la mission de l'UE

Le président gabonais sortant Ali Bongo, dont l'annonce de la réélection a provoqué des violences, a critiqué mercredi la mission d'observation électorale de l'Union européenne, qui a dénoncé une "anomalie évidente" dans le scrutin du 27 août.

"J'aurais aussi apprécié qu'on relève quelques anomalies dans le fief de monsieur (Jean) Ping. Si on veut relever les anomalies, il faut être clair, équilibré et relever toutes les anomalies si on en a constaté", a commenté M. Bongo sur la radio française RTL, en accusant M. Ping de "fraude massive".

"Nous avons des cas où certains observateurs de l'Union européenne ont outrepassé la mission qui était la leur. Certains (...) se sont mal comportés", a insisté M. Bongo dans un autre entretien à la radio française Europe1.

La mission de l'UE a affirmé mardi avoir décelé des "anomalies" dans la province gabonaise du Haut-Ogooué, fief ethnique du président Bongo où il a obtenu plus de 95% des suffrages, permettant au président sortant d'être réélu d'une courte tête (5.594 voix d'avance).

Alors que l'opposition, mais aussi la France, ancienne puissance coloniale, réclament un recomptage des résultats, M. Bongo a de nouveau invité son rival Jean Ping à se tourner vers la Cour constitutionnelle, conformément à la loi électorale gabonaise.

"En ce qui concerne le recomptage, ceci est prévu dans le cadre de la loi et se fait au niveau de la Cour constitutionnelle", a-t-il dit. L'opposition, qui a jusqu'à jeudi pour déposer un recours, estime que la Cour est inféodée à la présidence.

"On reproche aux gouvernements africains de ne pas respecter les lois. Pour une fois que nous respectons notre loi, on nous dit de l'outrepasser, c'est quand même singulier", a commenté M. Bongo, dont la famille dirige le Gabon depuis 50 ans.

Alors que l'Union africaine (UA) s'est dite prête à envoyer une délégation au Gabon pour tenter une médiation, M. Bongo a affirmé sur Europe1: "nous allons écouter ce qu'ils auront à nous dire". "Lorsque l'on vient dans un pays, c'est d'abord s'enquérir des lois de ce pays", a-t-il ajouté.

Interrogé sur le sort de binationaux franco-gabonais dont Paris s'inquiétait lundi, le président gabonais a indiqué que "l'ambassade de France (...) a communiqué une liste de six noms" au gouvernement et qu'ils étaient "en cours d'identification", ajoutant que ces individus figuraient "parmi tous ceux qui ont cassé et pillé, et (...) arrêtés dans ce cadre-là". 

Des dizaines de Gabonais cherchent toujours un proche introuvable depuis les centaines d'arrestations qui ont suivi l'annonce mercredi dernier de la réélection contestée de M. Bongo.

Les violences post-électorales ont fait trois morts, d'après un bilan officiel. 

L'AFP a recensé pour sa part sept morts, dont un policier.

Selon l'opposant Jean Ping, qui revendique la victoire à la présidentielle, la crise aurait fait "50 à 100 morts". 

"Monsieur Ping a l'habitude d'avancer beaucoup de choses qu'il ne peut pas prouver", a réagi mercredi M. Bongo sur RTL. 

"Ce n'est pas à 74 ans que M. Ping va commencer une carrière de démocrate qu'il n'a jamais été", l'a-t-il encore taclé sur Europe1.

Comme nombre de responsables de l'opposition, Jean Ping a travaillé de longues années aux côtés du président sortant, sous le régime du père de ce dernier, Omar Bongo, qui a dirigé le pays pendant 41 ans, jusque sa mort en 2009.

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