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Soudan du Sud: les déplacés de Wau maudissent le rêve brisé de l'indépendance

"Nous les femmes, nous n'osons pas rentrer chez nous la nuit, car nous risquons d'être attaquées et violées par des soldats", témoigne Catherine Atanasyo. "Pour les hommes, ce n'est pas mieux, car c'est la mort qui les attend".

Comme 25.000 autres Sud-soudanais de la région de Wau, une ville du nord-ouest du Soudan du Sud, cette aînée s'est réfugiée dans un camp de l'ONU, ouvert deux mois plus tôt, pour échapper à une vague de violences ethniques ayant sévi fin juin dans cette partie du pays.

"Ma maison est à deux pas, mais ici, c'est plus sûr grâce à la protection des soldats de l'ONU", explique-t-elle. Autour d'elle, d'innombrables abris de fortune bâtis à l'aide de bambous et de bâches blanches rougies par la poussière qui, à la moindre bourrasque, balaie cette étendue entourée d'une végétation presque luxuriante.

"Sortir la journée, c'est possible, et j'ai d'ailleurs pu voir que ma maison a été pillée. Mais la nuit, c'est hors de question, il y a trop de risques", poursuit-elle, assurant que les allées bordées de tranchées, à proximité du camp, regorgent d'histoires dramatiques.

Une jeune fille de 13 ans violée sur le chemin de l'école, un frère ou un époux tué dans des combats, détaille-t-elle.

- Crise humanitaire -

Son pays est devenu indépendant du Soudan en 2011 après une guerre de plusieurs décennies, mais à peine deux ans plus tard, la plus jeune nation du monde a replongé dans la violence: depuis décembre 2013, plusieurs dizaines de milliers de Sud-soudanais ont été tués et 2,5 millions ont fui leurs foyers.

Les crimes commis sont attribuables aux différentes parties au conflit, alors que près de 5 millions de Sud-Soudanais, soit plus d'un tiers de la population, font face à une insécurité alimentaire "sans précédent", selon l'ONU.

"L'indépendance était une mauvaise idée, car seule une tribu en a bénéficié, les Dinka", la principale ethnie du pays, celle du président Salva Kiir, soupire Mme Atanasyo.

Le conflit au Soudan du Sud est souvent présenté comme celui opposant les troupes de Salva Kiir à celles de l'ex-rebelle Riek Machar (de l'ethnie nuer), à l'image des combats à l'arme lourde dont la capitale Juba a été le théâtre début juillet. Mais d'autres tensions ethniques ont fait des ravages aux quatre coins du pays.

Dans la région de Wau, les Fertit ont accusé les Dinka de vouloir les marginaliser. Ces tensions ont dégénéré à partir de fin 2015 en affrontements ayant culminé fin juin avec des violences parmi les pires depuis le début de la guerre civile.

Sur fond de crise humanitaire aggravée par la limitation de mouvements imposée aux humanitaires par la SPLA, l'armée de Salva Kiir, il a été impossible d'établir un bilan. Mais dans le camp de déplacés, nombreux sont ceux qui assurent avoir perdu un proche.

- 'Je veux tuer des Dinka' -

"Les soldats sont venus chez nous le 24 juin, ils ont tué mon frère qui était policier et ont tout pillé, ma moto, nos casseroles, nos lits", raconte Adam Umong, 32 ans, aux côtés d'un autre de ses frères, Georges, touché d'une balle à la jambe lors de cet incident.

"Et Georges ne parle plus à cause du choc", dit cet ancien taxi-moto, une main sur l'épaule de son frère au regard vide et aux lèvres scellées.

"Ce n'est pas vraiment l'indépendance dont nous avions rêvé", peste Adam Umong. "Les leaders actuels doivent s'en aller, ils ont conduit le pays à sa perte. Salva Kiir n'est pas notre président et Riek Machar ne vaut pas mieux".

Quelques chiens malingres déambulent entre les tentes. Des vêtements sèchent sur les fils barbelés omniprésents dans le camp. Des enfants jouent, les pieds poussiéreux, avec de fausses carabines fabriquées grâce à quelques herbes hautes pliées et assemblées à l'aide de morceaux de caoutchouc.

"Je veux tuer des Dinka, parce que ce sont eux qui nous ont fait cela, ils nous ont forcé à quitter nos maisons", explique timidement Martin, 10 ans, en tirant nerveusement sur son t-shirt jaune déchiré et délavé.

Les déplacés espèrent que le déploiement annoncé de 4.000 Casques bleus supplémentaires apportera au pays la sécurité qui leur permettra de retourner vivre chez eux. Christine Elia, 27 ans, résume le sentiment général: "On ne choisit pas de vivre ici".

AFP

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