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Des manifestants protestent contre la réélection d'Ali Bongo, le 31 août 2016 à Libreville. MARCO LONGARI / AFP
Des manifestants protestent contre la réélection d'Ali Bongo, le 31 août 2016 à Libreville. MARCO LONGARI / AFP

Au Gabon, la victoire contestée d'Ali Bongo stigmatise le Haut-Ogooué

Le président sortant a dû s'appuyer sur un plébiscite suspect dans cette province du Sud-Est du pays. Sur les réseaux sociaux, les habitants de la province sont pris à partie.

Le président gabonais Ali Bongo, réélu dans la douleur et soupçonné de fraudes massives, déclarait sur Twitter avec une certaine légèreté que, «cette diversité qui est la nôtre n'a pas de sens sans l'unité». Mais à l'heure actuelle, le Gabon est loin d'être à l'unité. À Port-Gentil et à Libreville, la capitale, les voitures brûlent et le QG de l'opposant Jean Ping a été sous le feu des balles depuis jeudi 1er septembre au matin, le lendemain de la proclamation laborieuse des résultats. Pourtant, ce n'est pas là que tous les regards du pays se tournent. À 700 kilomètres de la capitale gabonaise, c'est la province du Haut-Ogooué (G2) qui a fait basculer la présidentielle en faveur d'Ali Bongo le 31 août.

La province du Sud-Est a affiché un taux record de participation, avec 99,93% selon la commission électorale (Cenap). Des résultats qui paraissent extrêmement suspicieux, dans le fief familial des Bongo (Omar, le père d'Ali, est notamment originaire de la province). En votant apparemment à 95% pour Ali Bongo, le Haut-Ogooué a servi de tremplin au président sortant, qui était pourtant mené par Jean Ping dans la plupart des provinces. 

«Vous ne pouvez pas appeler à la raison dans une situation comme celle-là»

Sur Twitter, la question du vote en Haut-Ogooué est partout. Si beaucoup appellent les Altogovéens à se soulever contre ce qu'ils estiment être une fraude massive qui les aurait privés de leur vote réel, d'autres estiment qu'ils sont réellement responsables de la victoire d'Ali Bongo, et appellent parfois à la haine et la violence. Des internautes rapportent déjà au moins un acte de lynchage d'un jeune homme originaire du G2 à Port-Gentil. 

Face à la montée des tensions, les appels au calme et à l'unité se succèdent, dans la continuité des manifestations pacifiques qui avaient eu lieu juste après l'élection. Retranché dans un lieu qu'il tient secret, Jean Ping ne s'exprime plus sur les réseaux sociaux. «Quel appel puis-je lancer? Vous ne pouvez pas appeler à la raison dans une situation comme celle-là, explique-t-il à Libération. C’est la population qui manifeste, qui brûle l’Assemblée nationale, pas les militants de Jean Ping.» Le chef de l'opposition a déclaré qu'au moins deux personnes étaient décédées lors de l'assaut donné sur son QG.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon s'est dit «préoccupé» par la situation dans l'Ouest du pays, mais ne s'est pas exprimé sur le sujet du Haut-Ogooué. Il a appelé de nouveau «tous les dirigeants politiques à résoudre pacifiquement leurs différends et à régler tout grief qui pourrait survenir à travers les moyens juridiques et constitutionnels existants.» De son côté, l'Union Européenne a demandé à ce que les résultats soient de nouveau publiés, bureau par bureau. La France, dispose au Gabon de 450 hommes, n'a pas exprimé son intention d'intervenir dans le conflit. «C'est une affaire interne gabonaise», a notamment déclaré le colonel Patrik Steiger, porte-parole du chef d'état-major des armées françaises.

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

Ses derniers articles: À Paris, la diaspora gabonaise évacue sa colère et sa peur  Au Gabon, la victoire contestée d'Ali Bongo stigmatise le Haut-Ogooué  Comment le chef de la police israélienne justifie les contrôles fréquents des Juifs éthiopiens 

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