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Roni Alsheich estime qu'il est «naturel» de contrôler plus souvent les descendants de Falashas. GALI TIBBON / AFP
Roni Alsheich estime qu'il est «naturel» de contrôler plus souvent les descendants de Falashas. GALI TIBBON / AFP

Comment le chef de la police israélienne justifie les contrôles fréquents des Juifs éthiopiens

Pour Roni Alsheich, les Israéliens d'origine éthiopienne sont plus souvent impliqués dans les affaires criminelles du pays. Des propos qui font scandale.

Pourquoi les Israéliens d'origine éthiopienne sont plus souvent arrêtés que les autres habitants du pays? La réponse est simple selon Roni Alsheich, le chef des officiers de police du pays, elle est même «naturelle»«Dans toutes les études criminologiques du monde, les immigrés sont plus souvent impliqués dans les crimes, et ça ne doit pas nous surprendre, a-t-il déclaré lors d'une conférence de l'association du barreau israélien, repris par The GuardianDe plus, toutes les études prouvent que les jeunes sont plus concernés. Donc quand ces deux points convergent, cela crée une situation où une communauté spécifique est concernée.» 

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Ces affirmations très arrêtées ont déclenché une tempête, dans un pays où la situation des 150.000 Juifs éthiopiens est encore très compliquée, comme nous l'écrivions en juillet dernier. «Ce n'est pas la première fois que nous entendons que la police nous considère comme des criminels», explique Inbar Bugala, leader d'un mouvement de protestation pour les droits des Israéliens d'origine éthiopienne, à Haaretz. Fentahun Assefa-Dawit, le président de l'association de défense Tebeka, a exigé des excuses de la part de Roni Alsheich, au motif qu'il avait «délibérément traité les Éthiopiens de communauté criminelle, donnant légitimité et approbation au comportement raciste de la police envers les Israéliens éthiopiens et les autres groupes», explique le Guardian. Les déclarations de l'officier de police interviennent dans un climat de tension, après l'agression notamment d'un soldat d'origine éthiopienne en mai 2015.

«Nous ne sommes pas des immigrés»

Roni Alsheich a tenté d'expliquer que ses propos avaient été sortis de leur contexte. «Ces commentaires n'avaient pas pour but de heurter ou de blesser les migrants éthiopiens, mais pour tenter d'améliorer les interventions policières», a-t-il déclaré, repris par le quotidien Hamoria. Difficile pourtant de croire qu'en parlant d'immigrants, l'officier puisse éteindre le feu qu'il a provoqué. «Nous ne sommes pas des travailleurs immigrés, nous sommes des Juifs qui sommes retournés dans notre pays après plus de 2.500 ans d'exil», a notamment répliqué l'activiste Gadi Yevarkan, cité par le Guardian. Des propos qui font écho à l'histoire mouvementée des Falashas d'Ethiopie. En 2015, 7,6% des arrestations de jeunes concernaient des Juifs éthiopiens.

«Je suis assez vieux pour me souvenir du temps où Roni Alsheich était loué dans la presse comme le nouveau Messie»

À la Knesset, les opinions divergent sur le sujet. Du côté des députés arabes, ces déclarations ne surprennent pas. «Il faut que quelqu'un rappelle au chef de la police que son travail est de protéger tous les Israéliens, pas seulement les Blancs. La police a laissé tomber la protection des Arabes, et les voit comme des ennemis, pas comme des citoyens», regrette Ayman Odeh, le secrétaire de la Liste Arabe Unie, repris par Hamoria.

Dans le camp d'en face, certains défendent les propos de Roni Alsheich, comme le député du Foyer juif Betzalel Smotrich: «Nous avons enfin un chef de la police qui n'évite pas la douloureuse réalité de la situation, même si elle n'est pas agréable», qui regrette que le «comité d'hypocrisie» s'empare de la question. Pour la députée de gauche (Meretz) Zehava Galon, il n'y a au contraire qu'une solution: mettre Alsheich à la porte. «Si la personne à la tête de notre police reproduit les préjugés racistes envers la communauté d'origine éthiopienne, il n'y a rien de surprenant à ce que les flics pensent qu'il est naturel de les soupçonner», a-t-elle déclaré. En juin, les propos de l'actrice d'origine éthiopienne Tahunia Rubel, qui estimait qu'Israël était «un des pays les plus racistes du monde», avaient déjà secoué le pays.

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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