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Une affiche à l'effigie du président sortant, Ali Bongo. MARCO LONGARI / AFP
Une affiche à l'effigie du président sortant, Ali Bongo. MARCO LONGARI / AFP

En interférant dans l'élection gabonaise, la France agit en puissance coloniale

Le Parti socialiste a appelé à «l'alternance démocratique» au Gabon, avant même les résultats du scrutin.

Disons-le d'emblée, la famille Bongo détourne l'argent du pétrole du Gabon depuis près d'un demi-siècle. C'est d'abord Omar, le père, qui a dirigé d'une main de fer ce petit État d'Afrique centrale de 1967 à 2009. À sa mort, c'est son fils Ali qui a établi une dynastie politique en remportant une élection au résultat très contesté en 2009. Lors de l'unique tour du scrutin, particularité du Gabon, il arrive en tête avec 41,73% des voix devant les opposants Pierre Mamboundou et André Mba Obame, tous les deux crédités d'un score d'environ 25%. À l'annonce des résultats, des manifestants s'en étaient pris aux intérêts français à Port-Gentil, la capitale économique, accusant Paris de défendre la famille Bongo malgré les irrégularités du scrutin. 

Aujourd'hui, les Gabonais attendent avec anxiété le résultat de l'élection présidentielle du 27 août. L'opposant Jean Ping, ancien ministre d'Omar Bongo, est annoncé au coude-à-coude avec l'actuel président dans les urnes. Mais si, en raison de son passé, l'arrivée au pouvoir de Jean Ping ne marquerait pas une vraie rupture avec la petite élite qui détourne à son avantage les dollars tirés de l'or noir, la fin de l'ère Bongo serait sans aucun doute une bonne nouvelle pour l'avenir du pays. Seule une frange des 1,6 million d'habitants bénéficie de la richesse pétrolière nationale et la chute du cours du baril a accéléré le mécontentement de la population.

Le retour des vieux réflexes

Ce fait évident ne devrait pourtant pas être prétexte d'ingérence de la part de la France qui a très longtemps joué collé-serré avec le clan Bongo. Ce dernier a, en retour, financé les campagnes politiques de nombreux partis français, comme le rappelait Rue89. Le locataire de l'Élysée, François Hollande, a plusieurs fois affirmé que le temps de la «Françafrique» était désormais révolu, et que si les autorités françaises intervenaient sur le continent africain, comme sur le plan militaire au Mali, s'était uniquement à la demande des dirigeants locaux. 

Les vieux réflexes reviennent pourtant parfois au galop. Lundi 29 août, à la veille de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle du Gabon, le Parti socialiste a publié un communiqué pour appeler à tourner la page Bongo.

«Voilà plus d’un demi siècle que la famille Bongo gouverne le Gabon. Une alternance serait signe de bonne santé démocratique et un exemple», affirme notamment le PS. 

«Accepter le résultat des urnes»

Une déclaration qui ressemble très fortement à de l'ingérence politique, alors que la Commission électorale nationale autonome et permanente gabonaise doit dévoiler les résultats détaillés de l'élection présidentielle ce mardi 30 août. En Afrique de l'Ouest, de nombreux médias, comme Maliweb, ont dénoncé la pression politique de Paris. 

De nombreux internautes gabonais s'indignaient de la même façon du rôle de «faiseur de roi» que s'auto-décerne le PS. 

À l'opposé de la position française, les Nations unies, qui supervisent le bon déroulé du scrutin sur place, ont appelé à «accepter le résultat des urnes»

«Le Secrétaire général espère que le même esprit de paix et de transparence prévaudra avant et après l'annonce officielle des résultats préliminaires de l'élection qui devront être le reflet de la volonté du peuple», a souligné le porte-parole de l'ONU dans une déclaration à la presse.

La mission d’observation électorale de l'Union Européene (UE) a jugé lors d'une conférence de presse lundi 29 août à Libreville que les conditions de vote de la présidentielle furent, dans l'ensemble «satisfaisantes» tout pointant un «manque de transparence» dans le processus politique et «un contexte tendu». 

Contrairement à d'autres régimes autocratiques, le Gabon n'a pas coupé le réseau internet pendant le scrutin, ce qui a permis à de nombreux citoyens de pointer certaines irrégularités, de communiquer sur les conditions du processus électoral, mais aussi de s'affronter à coups de propagande, comme nous l'expliquions sur Slate Afrique. Nuance de taille, le régime a annoncé que le réseau internet serait suspendu à l'annonce des résultats pour éviter tout dérapage. Une décision qui alimente évidemment les soupçons. 

Alors oui, un départ d'Ali Bongo serait une bonne nouvelle pour le Gabon. Mais ce n'est pas à la France de s'en occuper. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

Ses derniers articles: L'Algérie, un pays qui se transforme en fossile  Le bonheur des Gambiens qui se réveillent dans une dictature devenue démocratie  Le Maroc confronté au retour de centaines de djihadistes sur son sol 

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