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Gabon: Ali Bongo, un héritage et un bilan

"Le changement c'est moi": Ali Bongo Ondimba, 57 ans, candidat à un second septennat samedi au Gabon, cultive le paradoxe pour un président sortant, qui plus est fils du précédent chef de l'Etat Omar Bongo au pouvoir pendant 41 ans.

"Ali": décliné à l'infini sur des milliers d'affiches électorales, le message est clair. Bongo fils veut inscrire son prénom dans les livres d'histoire du petit pays francophone d'Afrique centrale fort de richesses forestières, minières et pétrolières. Quitte à aller vite en besogne, l'aéroport de la deuxième ville du pays, Port-Gentil, porte déjà son nom.

Démarche décontractée, taille moyenne, épaules carrées, "Ali" s'amuse des éternelles questions sur son père: "Lorsque je le cite, la réaction, ça va être de dire: +Papa m'a dit+. Lorsque je ne le cite pas, votre réaction est de dire: +Ah, il ne cite pas son père, est-ce que c'est la rupture?+".

"Il est constamment avec moi, c'est une inspiration", confiait-il à l'AFP début août.

- Droit d'inventaire -

Diversification de l'économie, mise en concurrence de la France avec des investisseurs asiatiques, programme d'investissements "sans précédent" dans les infrastructures... : en sept ans, le fils s'est largement réservé un droit d'inventaire sur l'héritage politique du père.

Sur l'héritage tout court aussi: Ali Bongo affirme avoir légué "au peuple gabonais" des propriétés familiales en France soupçonnées d'avoir été "mal acquises" par des détournements de fonds publics.

Du père il garde tout de même l'imposant palais du bord de mer, siège de la présidence, et quelques signes ostentatoires du pouvoir, comme une rutilante Rolls Royce.

"Je suis né le 9 février 1959 à Brazzaville, mon père s'appelle Omar Bongo Ondimba et ma mère Patience Dabany": rares sont les chefs d'Etat qui déclinent leur état-civil en pleine campagne électorale.

Ce fut pourtant son cas, pour balayer la lancinante polémique sur ses origines. Ses opposants ont longtemps repris la thèse du journaliste français Pierre Péan selon laquelle il est un enfant du Nigeria adopté par son père et qu'il ne peut à ce titre diriger le Gabon.

De fait, Ali est officiellement né sous le nom d'Alain à Brazzaville, alors capitale de l'Afrique équatoriale française, où son père faisait son service militaire un an avant l'indépendance du Gabon. Il prend le prénom d'Ali en se convertissant à l'islam, comme son père, à l'époque où le Gabon entre dans le club des pays pétroliers.

- Années disco -

C'est encore sous le nom d'Alain Bongo qu'il tente une carrière musicale avec un album, "A Brand New Man" (1977), produit par l'ex-manageur de James Brown, Charles Bobbit. De ses années soul et disco, le président garde un goût pour le jazz, la bossanova, le classique...

Le fils d'Omar Bongo est ensuite rentré dans le rang avec des études de droit en France. En août 1989, à 30 ans, l'ex-chanteur, bientôt marié à une Franco-gabonaise, Sylvia, devient ministre des Affaires étrangères pendant deux ans, quand une nouvelle Constitution relève à 35 ans la limite d'âge ministériel.

Revenu en 1999 avec le portefeuille stratégique de la Défense, il occupera cette fonction durant dix ans.

A la mort de son père en juin 2009, Ali Bongo se targue d'avoir obtenu l'investiture du Parti démocratique du Gabon (PDG) pour briguer la succession de son père. "J'ai gagné ma place, elle ne m'est pas tombée comme ça. Au contraire, mon nom était un handicap".

Il trouve sur sa route un baron du parti, André Mba Obame, qui contestera son élection avec 42% des voix jusqu'à sa mort en 2015.

Jean, chemise, casquette sur la tête, "ABO" s'est attaché à donner pendant la campagne une image de proximité sans commune mesure avec les lourdeurs du protocole encore en vigueur au palais du bord de mer.

Entouré d'une armée de jeunes conseillers, le président a sorti la carte de la modernité pour "ringardiser" ses principaux adversaires, d'anciens cadres septuagénaires du régime de son père. "Le changement c'est moi. Ils sont des hommes du passé et du passif".

AFP

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