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Gabon: victime du pétrole, Port-Gentil redoute "la moindre étincelle"

"Il n'y a plus de clients. Nous tournons à perte", se désole Leslie, commerçante, en rangeant des morceaux de gibier - crocodile et gazelle - dans son vieux congélateur sur un marché de Port-Gentil, la capitale économique du Gabon où la colère gronde à l'approche de la présidentielle samedi.

Dans la cité pétrolière frappée par la chute des prix du baril - première ressource du Gabon -, les violences post-électorales de 2009 sont dans tous les esprits, avec cette question: ça peut recommencer ?

"Beaucoup de Français sont partis, par mesure de prévention. Et les Gabonais n'ont plus de travail", soupire Emmanuel, vendeur de produits de médecine traditionnelle sur le marché de la Balise.

Le Gabon est le plus petit producteur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avec 214.000 barils/jour en juin 2016, mais l'or noir a fait la fortune de Port-Gentil.

La chute mondiale des cours, le ralentissement de l'activité des compagnies - Total, Shell, Maurel&Prom, Perenco,...-, avec ses conséquences sur les sociétés de service - Schlumberger, Halliburton...- a mis KO toute l'économie de cette ville de 140.000 habitants.

Et derrière la paisible promenade du front de mer, avec vue sur une plate-forme off-shore, la casse sociale est violente.

- Port-Gentil souffre -

"En 2013, on employait sur site plus de 200 personnes. Il n'y en a plus que 29, et encore nous avons dû les mettre au chômage technique. Si ça n'évolue pas d'ici décembre, on mettra la clé sous la porte", confie un cadre de BHTP, prestataire de Maurel&Prom.

"Port-Gentil souffre", répète le président-candidat Ali Bongo Ondimba qui multiplie les déplacements au chevet de la presqu'île encore inaccessible par voie terrestre. Transportés par bateau ou par avion, les produits alimentaires sont très chers, et la crise n'a rien arrangé.

Entre autres investissements publics ou privés, le gouvernement a lancé la construction d'une centaine de kilomètres de route à travers la mangrove pour relier "POG" au reste du Gabon.

Le président sortant soigne d'autant plus sa capitale économique qu'elle a violemment protesté en septembre 2009 contre son élection après la mort de son père Omar Bongo : trois à quinze morts, consulat de France incendié et couvre-feu.

Non loin d'une des innombrables affiches d'"Ali" tout sourire, Fabrice Moubamba, 40 ans, n'a pas le coeur à rire. "Regardez ce que je suis obligé de faire", soupire l'ex-salarié de la multinationale américaine Halliburton, qui a improvisé un bar sous le manguier dans la cour de la maison familiale après son licenciement en mai.

"Halliburton avait un contrat de forage avec Shell. Certains mois, j'atteignais un million de CFA (1.500 euros) avec les primes", se souvient le père de famille, embauché en 2012, à l'époque du baril à 100 dollars, contre moins de 50 aujourd'hui.

"Si l'activité repart, ils sont obligés de nous reprendre. C'est le rêve de tout le monde", ajoute cet ex-footballeur, qui a négocié via les délégués du personnel 20 mois d'indemnités et une couverture maladie jusqu'en mars 2017.

- 'Gare à eux' -

L'Organisation nationale des employés du pétrole (Onep), l'incontournable syndicat de la branche, dénombre 2.500 licenciements rien que parmi ses adhérents.

"Le gouvernement a lâché Port-Gentil. Si ces personnes et leurs proches manifestent leur frustration dans les urnes, ça peut être dommageable pour le candidat du gouvernement", affirme son secrétaire général adjoint, Sylvain Mayabi-Binet, qui met en garde la France.

"Ce sont les Français qui nomment les présidents au Gabon. S'ils nomment le président dont le peuple ne veut pas, gare à eux". Un discours politique fréquent chez les opposants, qui estiment que l'ex-président français Nicolas Sarkozy a favorisé l'élection d'Ali Bongo en 2009.

S'ils n'ont pas déjà quitté le Gabon pour des raisons économiques, bien des expatriés vont prolonger leurs vacances, par crainte d'un nouvel embrasement après le scrutin à un seul tour.

"Je souhaite que le scrutin se passe bien, et que celui qui aura perdu accepte sa défaite", espère Fabrice, conscient que des violences retarderaient le retour des investisseurs.

"Le nombre de frustrés est suffisamment important pour que la moindre étincelle amène les gens dans la rue", redoute de son côté le syndicaliste.

AFP

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