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Feyisa Lilesa a mimé les poings enchaînés des prisonniers politiques à son arrivée. OLIVIER MORIN / AFP
Feyisa Lilesa a mimé les poings enchaînés des prisonniers politiques à son arrivée. OLIVIER MORIN / AFP

Feyisa Lilesa, probable réfugié politique du sport

Après avoir affiché son soutien à la contestation populaire dans son pays, le coureur est menacé s'il rentre en Éthiopie. Il pourrait demander l'asile, comme l'ont fait beaucoup d'athlètes avant lui.

L'image a frappé les téléspectateurs du monde entier, ou presque. En Éthiopie, peu de gens ont vu Feyisa Lilesa franchir la ligne d'arrivée du marathon les poignets en croix au-dessus de la tête. En effet, la télévision éthiopienne a préféré montrer la victoire du Kényan Kipchoge plutôt que le passage du héros national, selon Associated Press. Et pour cause: par son geste, l'athlète a clairement affiché son soutien aux manifestations de la population oromo, majoritaire en Éthiopie, face à la répression policière du gouvernement d'Haile Mariam Dessalegn. «Ils font le même signe là-bas, je voulais montrer que je n'étais pas d'accord avec ce qu'il se passe, a-t-il déclaré en conférence de presse. Le gouvernement éthiopien tue mon peuple, donc je me tiens aux côtés des manifestations où qu'elles soient, car les Oromos sont ma tribu.»

Mais si au Brésil, Lilesa n'a pas créé de remous, difficile d'imaginer que les autorités vont laisser passer un tel acte de rébellion. Depuis novembre dernier, des centaines de personnes ont été tuées en Éthiopie, et près d'une centaine ce mois-ci après que les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants. «Si vous parlez de démocratie, ils vous tuent. Si je retourne en Éthiopie, peut-être qu'ils vont me tuer, ou me mettre en prison», a expliqué Lilesa, qui a déjà perdu plusieurs membres de sa famille dans le conflit. Malgré les propos du ministre des communications éthiopien, qui estime que Lilesa ne devrait «pas être inquiet», l'athlète a évoqué sa décision de prolonger son séjour au Brésil avant de rallier un autre pays, dans une interview pour l'association Let's Run. «Je n'ai plus de visa, mais je vais faire en sorte rester ici, a-t-il expliqué. Et si j'ai un autre visa, je pars pour les États-Unis.»

Interdit de faire des études ou de trouver un travail

Une campagne de financement en ligne a déjà réuni 40.000 dollars pour aider Lilesa à trouver un pays d'asile. Car rien ne dit qu'il arrivera facilement à ses fins. En 2012, plusieurs athlètes d'Éthiopie, mais aussi du Soudan et du Cameroun s'étaient volatilisés pendant les Jeux de Londres, certains se rendant même au poste de police pour demander l'asile politique, rappelait Le Figaro. Le Royaume-Uni avait donc durci le règlement au sujet des 20.000 athlètes olympiens non issus de l'Union européenne: pendant les six mois de leur visa, il leur était interdit de se marier, d’entamer des études ou de prendre un emploi, expliquait RFI. Si certains reprochent à Lilesa de tourner le dos à l'Éthiopie et surtout à sa famille, l'athlète de 26 ans a pu compter sur le soutien des réseaux sociaux. Même si la situation semble compliquée.

«Le plus triste dans l'histoire de Lilesa (L’Éthiopien médaille d'argent du marathon) c'est que s'il avait fait une demande d'asile au Brésil il y a six mois, elle aurait été acceptée. Plus maintenant»

En mêlant politique et sport, Feyisa Lilesa a pris le risque de se voir sanctionné par le Comité olympique. On se souvient du poing ganté de noir brandi par les coureurs américains Tommie Smith et John Carlos sur le podium du 200m des Jeux de Mexico en 1968, en signe de contestation de la ségrégation aux États-Unis. Les deux athlètes avaient ensuite été bannis à vie de la compétition. Heureusement pour Lilesa, il n'a pas réédité son geste lors de la remise de médaille, le CIO est donc resté clément avec lui.

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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