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Des manifestants dans les rues de Bamako le 17 août 2016. HABIBOU KOUYATE / AFP
Des manifestants dans les rues de Bamako le 17 août 2016. HABIBOU KOUYATE / AFP

Le Mali se dirige t-il vers une «IBKcratie»?

Après des violences policières, les réseaux sociaux ont été coupés par le régime. Une censure qui passe mal.

Le Mali d'Ibrahim Boubacar Keïta, dit «IBK», est-il en train de prendre un virage autoritaire? La question pourrait sembler saugrenue alors que le Mali est une démocratie relativement solide dans la région, mais le climat politique de ces derniers jours pose question sur les pratiques du régime. 

Tout a commencé avec l'arrestation d'un blogueur, aux prises de positions très critiques contre le gouvernement. Mohammed Youssouf Bathily, surnommé Ras Bath, a été arrêté le 15 août. Mercredi 17 août, plus de 1.000 personnes se sont rassemblées devant le tribunal de la commune 4 dans le quartier de Lafiabougou à Bamako pour protester contre cette décision de justice. 

«Une foule déchaînée casse alors la porte du tribunal pour y pénétrer afin d’empêcher le procureur de prononcer les charges qui pèsent contre l’animateur, qui est aussi le fils du ministre des Domaines de l’État et des Affaires foncières, Mohamed Ali Bathily. Les policiers présents sur le lieu commencent à envoyer des gaz lacrymogènes avant de tirer avec des armes automatiques», rapporte Jeune Afrique. 

À lire aussi: C'est jour d'élection en Ouganda, et le régime a bloqué Facebook et Twitter

Au moins un manifestant est décédé dans ces heurts avec la police, et 17 personnes sont blessées. 

Sur son blog, Issa Balla Moussa Sangaré, un Malien expatrié aux Etats-Unis, rappelle dans un billet qu'une répression violente des forces de l'ordre avait déjà eu lieu le 12 juillet 2016 à Gao où trois citoyens avaient péri après des tirs à balles réelles sur une foule dénonçant la création d’autorités intérimaires dans ces régions, une disposition de l’accord censé ramener la paix dans ce pays aussi en proie à des attaques jihadistes récurrentes.

«Cette décision ne vient pas de nous»

Au lieu de faire un geste pour apaiser la tension qui règne dans le pays après ces violences policières, le gouvernement malien a choisi de couper l'accès aux réseaux sociaux à l'échelle nationale.

«Les réseaux sociaux sont coupés partout au Mali, pas chez vous seulement. Cette décision ne vient pas de nous et je ne suis pas autorisé à vous dire d’où ça vient», a confié à Jeune Afrique, un opérateur du service internet Orange Mali. Une manière de dire que c'est en haut de l'Etat qu'a été prise la décision. 

Une mesure qui rappelle ce qui se fait de pire dans des dictatures comme en Ouganda où le régime de Yoweri Museveni, installé au pouvoir depuis 1986, a coupé l'accès à Whatsapp, Facebook ou Twitter lors de l'élection présidentielle de février 2016. Au Burundi, le très contesté Pierre Nkurunziza en avait fait de même lors des manifestations contre sa réforme constitutionnelle qui lui a offert un troisième mandat. 

Astuces et VPN

Certains internautes maliens ont dénoncé une «IBKcratie», en référence à Ibrahim Boubacar Keïta. Mais surtout, suspendre les réseaux sociaux est une mesure un peu vaine d'un régime paniqué. De nombreux maliens ont contourné la censure en utilisant des «VPN» (réseaux privés virtuels), qui permettent de simuler une connexion depuis l'étranger depuis son propre ordinateur ou smartphone et donc d'éviter la censure locale. Sur Twitter, de nombreux Maliens partagent ainsi des astuces pour se connecter. Et déjouer la censure un peu vaine du gouvernement. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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