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Le CIO a la dure tâche de sélectionner les disciplines olympiques, selon des critères stricts. GABRIEL BOUYS / AFP
Le CIO a la dure tâche de sélectionner les disciplines olympiques, selon des critères stricts. GABRIEL BOUYS / AFP

Les JO sont avant tout faits par et pour les Occidentaux

La majorité des sports présents aux Jeux ont été inventés en Europe ou aux États-Unis. Hormis quelques concessions, le reste du monde peine à imposer ses traditions, à commencer par l'Afrique.

Si le squash était une discipline olympique, l'Égypte pourrait largement s'adjuger une médaille d'or supplémentaire sous le soleil de Rio. Sur la saison 2015-2016, Mohammed El Shorbagy, numéro un mondial depuis deux ans, a remporté six des sept tournois majeurs. En finale de l'Open de Grande-Bretagne, il a même battu un compatriote, Ramy Ashour, triple vainqueur des championnats du monde entre 2008 et 2014. En tout, l'Égypte a remporté sept couronnes mondiales, et compte cinq représentants dans le top 10 du circuit mondial (PSA). Ramy Ashour avait d'ailleurs participé au clip de campagne pour inscrire le squash au programme olympique des Jeux de Tokyo en 2020, accompagné de la championne malaisienne Nicol David.

Hélas, le CIO n'a pas jugé que le squash méritait d'intégrer les Jeux en 2020 au Japon, lui préférant des sports comme le skateboard, le surf, le karaté et l'escalade. «Tout ça, c'est de la politique, soupire Amr Feky, journaliste spécialiste du squash et consultant pour BBC Arabic. Des athlètes du monde entier, venus même du tennis ont soutenu la candidature du squash, et c'est le seul qui a été rejeté.» Pour le journaliste, il s'agit d'une sécurité prise par les Occidentaux, et surtout les Américains. «Les États-Unis n'ont qu'une seule joueuse dans le top 10 du squash féminin, et aucun joueur chez les hommes, poursuit-il. Le squash ne sera un sport olympique que quand les États-Unis auront des joueurs susceptibles de décrocher l'or.»

Au Brésil, le rêve de la capoeira

Et encore, le squash a sans doute la chance d'être originaire d'Angleterre. Car il faut bien l'avouer: en dehors de l'Occident, les sports olympiques ne reflètent que très peu la diversité sportive autour du monde. Sur les vingt-cinq disciplines présentes à Rio, seules deux ne sont pas originaires d'Europe ou des États-Unis: le taekwondo et le judo. Et il aura fallu attendre 1964 (JO de Tokyo) pour le judo et 1988 (JO de Séoul) pour le taekwondo. «Ces sports non-universels à l'origine sont des concessions à l'Asie», expliquait l'historien du sport Patrick Clastres au Monde en 2013. De quoi expliquer par exemple pourquoi le karaté, art martial millénaire du Japon, sera le petit nouveau des Jeux de Tokyo en 2020.

À Rio, certains rêvaient de voir arriver la capoeira, emblème de la diaspora angolaise au Brésil et fierté nationale au moins à égalité avec le futebol. Il y a déjà des années que ce sport de combat, à l'origine entraînement secret des esclaves noirs, s'est ouvert au monde entier. Les compétitions existent, malgré le flou qui entoure la WCF, la fédération internationale de capoeira. Pour les jeunes, inscrire le sport aux JO serait «un bon moyen d'accroître sa visibilité», comme le disait le jeune Genilson dans un reportage de Vice News.

Les capoeiristes traditionnels, et notamment ceux qui professent un art orthodoxe proche de ses racines africaines, étaient plutôt contre. Urubu, mestre du groupe Fundição Progresso, craignait que l'on impose à la capoeira des règles strictes. «Est-ce que je vais devoir enlever mes dreadlocks, est-ce que je vais devoir mettre un casque?», se demandait le maître. Vice précisait par ailleurs qu'aucune demande d'intégration n'avait été formulée au CIO, de la part d'aucun groupe de capoeira.

«Nous pensons que ce n'est pas le lieu parce que c'est une compétition. Dans la capoeira, nous n'avons pas de vainqueur, nous sommes les mêmes et nous sommes amis...»

Un lobbying difficile

Dans toute l'Afrique, rares sont les pays qui ont élu au rang de sport national une discipline issue de leur tradition ancestrale: la majorité d'entre eux considère le football comme sport national, hormis les pays fans de rugby (Afrique du Sud et Namibie) et d'athlétisme et haltérophilie (Soudan, Éthiopie, Kenya,...). Le Sénégal fait figure d'exception en revendiquant son attachement à la lutte traditionnelle. Au pays de la Teranga, le «làmb», lutte avec frappe, est un pilier de la culture sportive, qui draine tout le pays dans les arènes. Les cachets des champions, comme Gris Bordeaux ou Bombardier, s'élèvent à plusieurs dizaines de millions de francs CFA.

Mais la lutte sénégalaise n'est pratiquée que dans son pays natal (et également en Gambie), ce qui exclut d'avance une éventuelle candidature, quand on sait à quel point le CIO est attaché à ce que les disciplines soient internationales. Difficile de faire du lobbying, encore plus lorsque les Jeux ne se déroulent pas dans le pays concerné. Depuis le début de l'ère moderne, aucun pays d'Afrique n'a accueilli les JO. Seule la ville du Cap avait tenté sa chance en 2004, échouant devant les candidatures d'Athènes et de Rome.


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Au CIO, le poids des nations africaines est bien faible. Sur les 98 membres actifs du Conseil, seuls 14 représentent l'Afrique, et ils ne sont que quatre parmi les membres honoraires. Pire, seule la Marocaine Nawal El Moutawakel fait partie de la commission exécutive du CIO. En 2016, Anant Singh devenait le deuxième membre sud-africain du Comité, faisant de son pays le premier en Afrique à disposer de deux représentants. De quoi donner, peut-être, plus de poids aux futures candidatures africaines, qu'elles concernent le choix des disciplines ou celui du pays hôte.

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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