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Le Soudan du Sud prêt

Le président sud-soudanais a affirmé lundi ne pas être opposé au déploiement de Casques bleus supplémentaires dans son pays tout en réclamant de plus amples discussions, un apparent assouplissement de sa position après l'adoption d'une résolution de l'ONU menaçant d'un embargo sur les armes.

"Nous ne sommes pas opposés à toute aide et nous écoutons volontiers les conseils", a déclaré Salva Kiir devant le parlement de Juba. "Mais l'aide requiert le dialogue et ne devrait pas être imposée au risque de devenir une intervention qui compromet notre souveraineté et diminue notre capacité à gouverner efficacement", a-t-il ajouté.

Sous les applaudissements d'une assemblée largement composée de partisans, le président a prononcé un discours à la tonalité conciliante, promettant l'unification de l'armée loyaliste et des ex-rebelles d'ici à mai 2017 ainsi que la mise en oeuvre d'un processus électoral, des dispositions figurant dans un accord de paix signé en août 2015 mais restées lettre morte jusqu'à présent.

Trois jours plus tôt, le Conseil de sécurité de l'ONU avait autorisé le déploiement de 4.000 Casques bleus supplémentaires pour assurer la sécurité à Juba et dissuader les attaques contre les bases de l'ONU, soit un mandat plus robuste que celui de l'actuelle mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), forte de 12.000 soldats.

La résolution, adoptée à la suite de combats à l'arme lourde début juillet à Juba entre les forces gouvernementales et les ex-rebelles répondant aux ordres de l'ancien vice-président Riek Machar, menace également d'imposer un embargo sur les armes si le gouvernement sud-soudanais bloque ce déploiement.

Mais lundi, la référence de M. Kiir au "dialogue" contrastait avec la rhétorique adoptée ces dernières semaines par le gouvernement sud-soudanais. En amont du vote de l'ONU, il avait tout simplement rejeté le projet de résolution, estimant qu'il sapait la souveraineté de ce pays indépendant depuis 2011.

M. Machar a fui Juba lors des récents combats dans la capitale, dont ses troupes sont sorties vaincues, et a été remplacé au poste de vice-président par le ministre des Mines Taban Deng, malgré les protestations de nombre de ses soutiens.

Le camp Machar s'est félicité dans un communiqué de l'adoption de la résolution de l'ONU. "Cela va créer un environnement sécuritaire propice à la mise en oeuvre de l'accord (de paix)".

- 'Retour à un conflit armé' -

Mais la défiance entre les deux camps, qui n'a jamais disparu malgré cet accord de paix, reste importante. Lundi, le camp Machar a interprété les récents combats de "retour à un conflit armé" et accusé le camp de Salva Kiir d'avoir "renversé" le gouvernement d'unité nationale.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a de son côté regretté que l'embargo sur les armes en soit resté au stade de la menace et que n'aient pas été envisagés un gel des avoirs et une interdiction de voyager pour certaines personnalités sud-soudanaises.

Accompagnés de nombreux viols, les récents combats à Juba ont fait des centaines de morts et plus de 70.000 réfugiés. Ils ont également mis en péril le fragile accord de paix visant à mettre un terme à la guerre civile débutée en décembre 2013 et qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts et 2,5 millions de déplacés.

Les soldats de la Minuss ont été très critiqués à la suite de cette récente flambée de violence pour ne pas avoir su protéger les civils, y compris des femmes et filles violées à proximité d'une base onusienne.

L'ONU a documenté au moins 200 cas de viols de Sud-Soudanaises à Juba pour le seul mois de juillet, perpétrés par des hommes en uniforme, principalement issus des troupes loyalistes.

Dans un rapport publié lundi, HRW a également détaillé ces violences et rapporté d'autres exactions des troupes gouvernementales, le 11 juillet, dans un hôtel abritant des employés d'organisations internationales et situé à moins d'un kilomètre d'une base de l'ONU. Plusieurs employées étrangères avaient alors été violées et le journaliste John Gatluak, un Nuer, abattu devant témoins.

Lundi, Salva Kiir a promis de poursuivre les responsables de violences sexuelles commises début juillet à Juba.

Le HCR s'est quant à lui inquiété lundi de la difficulté des agences humanitaires et des pays de la région à faire face au nouvel afflux de réfugiés provoqué par les combats de Juba. "Il y a déjà 930.000 réfugiés (sud-soudanais) dans la région, et de nouveaux viennent grossir leurs rangs chaque jour".

AFP

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