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Fin 2014, dans une cellule du Caire, des personnes accusées d'avoir organisé un faux mariage gay attendent leur verdict. AFP
Fin 2014, dans une cellule du Caire, des personnes accusées d'avoir organisé un faux mariage gay attendent leur verdict. AFP

Persécutés, les gays égyptiens regrettent presque l'époque de Moubarak

Les jeunes homosexuels et trans vivent un enfer, harcelés par la police du régime militaire, jusque sur les applications de rencontre.

Les jours passent et se ressemblent, terribles, pour les personnes gays et transgenres d’Égypte. Harcelés par la police des mœurs, ils se cachent, se terrent et parfois se voient obligés de quitter le pays. Une répression qui s’est accentuée, paradoxalement, depuis le printemps arabe et surtout la prise de pouvoir du général Abdelfattah Al-Sissi en 2013.

Car sous le régime autoritaire de l’ancien président Hosni Moubarak, la vie était paradoxalement plus facile pour les bi et les homosexuels. «Il n’y avait pas de campagne officielle d’arrestation et de contrôle», explique Dalia Abdel Hameed, chercheuse à l’Initiative égyptienne pour les droits des personnes au New York Times. Mais désormais la police fait tout pour arrêter les gays et les femmes trans.»

«Je pense que l'Égypte est le meilleur endroit pour les LGBT ou au moins pour les lesbiennes et les gays, tant que personne ne connaît votre identité sexuelle»

L’autorité religieuse serait-elle à l’origine du durcissement de cette politique répressive? Sans revenir sur ses positions sur l’homosexualité, le grand mufti d’Égypte Shawki Allam s’est pourtant déclaré opposé à toute forme de violence sur les personnes LGBT. «Nous vivons dans un système gouverné par la loi et nous devons le respecter, a-t-il déclaré début août au Südddeutsche Zeitung, repris par Egyptian Streets. Même si l’homosexualité est un péché, cela ne donne le droit à personne de porter atteinte à un autre.» Le mufti évoquait notamment l'attentat homophobe d'Orlando, qui avait fait cinquante morts en juin.

Accusés de «débauche», faute de loi précise

D’autant plus que la période de transition islamiste de l’Égypte, avec l’élection du président Mohammed Morsi, n’a pas donné lieu à une répression forte de l’homosexualité. Il faut dire que la police avait d’autres choses à traiter et ne s’occupait pas des bars du Caire où se mélangeait la population. Tout a changé à l’automne 2013, lorsque le couvre-feu assuré par la police a cédé à sa place à la surveillance militaire, explique au New York Times Scott Long, un activiste des droits de l’Homme vivant en Égypte depuis de nombreuses années. Surtout depuis que les Égyptiens ont pris conscience de leur sexualité, longtemps cachée comme nous l'expliquions en octobre 2013.

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Techniquement, aucune loi n’interdit l’homosexualité en Égypte. Mais depuis 2013, au moins 250 lesbiennes, gays, bi et trans ont été arrêtés et inculpés pour «débauche récurrente», un motif inventé à l'origine pour condamner la prostitution, précise le New York Times. Les sentences vont jusqu'à douze ans de prison. Même les applications de rencontres ne sont plus sûres, car la police les utilise souvent pour attirer et arrêter les personnes qu'ils ciblent. Les photos de nus envoyées sur l'application servent ensuite de pièces à conviction.

«Tout mène à l'arrestation»

Le rassemblement LGBT des pays arabes, qui aura lieu le week-end du 13 août à Rehoboth Beach, aux États-Unis, doit servir à trouver de nouvelles alternatives, notamment pour les gays d'Égypte. «Un tel meeting doit se faire, car le monde bouge et le monde arabe ne peut pas rester en arrière», explique @Egaypt, un activiste égyptien très présent sur Twitter, dans une interview au Washington Blade. Mais la situation empire en Égypte. «Tout mène à l'arrestation», soupire Ali, un jeune homme de 24 ans, au New York Times. C'est ma communauté, et elle est en train d'être détruite.»

«La sexologue égyptienne Heba Kotb estime qu'entre 10 et 12% de la population d'Égypte est homosexuelle.»

Dans un rapport de mai 2015, la fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) évoquait les cas de harcèlement sexuel, de viols et autres «tests de virginité» de la police sur les personnes homosexuelles arrêtées et emprisonnées. Un comble, lorsque le gouvernement Al-Sissi avait annoncé vouloir s'attaquer sérieusement au problème du viol et des agressions sexuelles dans la société égyptienne.

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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