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Des journalistes défilent à l'occasion de la Journée Mondiale de la liberté de la presse, 3 mai 2010, Nigeria. REUTERS/Akinleye
Des journalistes défilent à l'occasion de la Journée Mondiale de la liberté de la presse, 3 mai 2010, Nigeria. REUTERS/Akinleye

En Afrique, les journalistes sont toujours en danger

Le portrait 2010 du droit de la presse sur le continent noir, dressé par le Comité pour la protection des journalistes, n’est pas des plus brillants.

Le Zimbabwe n’a accordé aucune licence pour la production d’information depuis 2001. L’Afrique du Sud propose des lois criminalisant le journalisme d’investigation. Le Rwanda fait fermer des hebdomadaires populaires. Le Cameroun, le Sénégal ou la République Démocratique du Congo ne respectent pas le secret des sources. Le portrait 2010 du droit de la presse en Afrique, dressé par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York, n’est pas des plus brillants.

«Avec les récents évènements en Egypte et leur cortège d’attaques contre les journalistes encore frais dans nos mémoires, c’est le moment de rappeler au grand public l’importance de la liberté de la presse», estime Paul Steiner de CPJ.

«Quand les services de sécurité égyptiens attaquent et battent un journaliste, qu’ils détruisent sa caméra, ils ne violent pas simplement ses droits à lui, mais aussi ceux de tous ceux qui, dans des circonstances normales, auraient reçu l’information produite par ce journaliste», ajoute Joël Simon, directeur exécutif de l’organisation.

Le rapport annuel de CPJ, présenté mardi 1er mars au siège de l’ONU, note que l’année 2010 a été marquée par l’emprisonnement de 145 journalistes et la mort de 44 autres.

À travers le continent, l’accès à l’information n’est pas garanti, la protection des sources non plus. Le journalisme d’investigation est généralement banni.

«Alors que le journalisme d’investigation émerge en Afrique, les autorités de leur côté criminalisent la possession de documents administratifs et opèrent agressivement pour démasquer les sources confidentielles des journalistes», s’indigne Mohamed Keita, coordinateur Afrique pour le CPJ.

Le rapport note cependant qu’en Afrique, les attaques contre les journalistes sont moins nombreuses et rarement mortelles —au contraire de la situation qui prévaut en Chine ou au Pakistan, par exemple. La Somalie et l’Erythrée, classés parmi les pays qui violent le plus souvent la liberté de la presse, constituent les deux exceptions africaines dans cette catégorie.

Reste que le portrait d’ensemble n’est pas plaisant. Le droit de chercher, recevoir et diffuser de l’information est consacré par des traités internationaux. Il est aussi reconnu par la plupart des Constitutions africaines. Mais il est peu respecté. Seuls 7 pays ont promulgué des lois qui garantissent l’accès à l’information: l’Afrique du Sud, le Libéria, le Sierra Leone, l’Angola, l’Ethiopie et le Zimbabwe. Mais la règle inscrite sur le papier n’assure pas son application sur le terrain.

Le rapport du CPJ fait état de graves violations à la liberté de la presse, commises au Cameroun, au Gabon, en Afrique du Sud ou encore au Rwanda. L’Afrique du Sud en particulier a tenté de faire passer un texte de loi qui, aux yeux du comité, criminalise le journalisme d’investigation et sanctionne la presse. La «déclaration de protection de l’information» autorise les agences d’Etat à classifier des données «secrètes» sur la base d’un intérêt national vaguement défini.

En République Démocratique du Congo, le CPJ révèle que le gouvernement de Joseph Kabila a empêché la couverture de certains évènements par la presse et emprisonné plusieurs journalistes. L’organisation Journalistes en Danger a d’ailleurs exprimé ses craintes quant à la possibilité d’une répression plus importante encore pendant cette année d’élections.

Dans ce pays ou Radio France Internationale (RFI) a été bannie pendant un an, le CPJ indique que l’Agence nationale de renseignement poursuit ses pratiques de censure et d’intimidation de la presse, en arrêtant des journalistes parfois sans motif et en les plaçant en confinement solitaire.

«L'ironie est que ces pratiques de gestion opaque encouragent le journalisme d'investigation», dit encore le rapport, qui précise que jamais, depuis les indépendances, les citoyens et la presse ne se sont autant interrogés sur les malversations et la corruption de leurs Etats. Il semble bien que la presse africaine n’ait pas l’intention de se laisser museler.

Camille Biet

Camille Biet

Camille Biet. Journaliste française, installée à New York. Spécialiste des Nations Unies, elle est notamment correspondante de la BBC.

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