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Afrique du Sud: remise en cause de l'ANC après son échec électoral

L'ANC est sorti groggy d'un scrutin municipal où le parti au pouvoir en Afrique du Sud a enregistré un score historiquement bas et perdu des villes-clés, l'obligeant à une inédite remise en cause et à poser la question de l'avenir du président Jacob Zuma à la tête du pays.

Les prédictions des sondages de ces dernières semaines étaient donc vraies: pour la première fois de l'histoire de la jeune démocratie sud-africaine, l'ANC n'est plus majoritaire dans la capitale Pretoria ni dans la métropole industrielle de Port Elizabeth.

Et au niveau national, jamais le parti n'a enregistré un score aussi faible (moins de 54% des voix au scrutin de mercredi dernier). 

Le camouflet est aussi historique que symbolique pour le parti fondé par Nelson Mandela, au pouvoir depuis la fin du régime raciste de l'apartheid en 1994. 

"Il y a quelques années, personne n'aurait pu prédire l'ampleur du recul de l'ANC dans les zones urbaines", estime Daniel Silke, analyste indépendant interrogé par l'AFP.

Dans le collimateur des analyses post-électorales, un nom revient sur toutes les lèvres: Jacob Zuma.

Le président de la République, élu en 2009 et réélu en 2014, cristallise les critiques.

"Il est clair que Jacob Zuma a une grande responsabilité et que le parti va devoir choisir entre le protéger à tout prix ou limiter les dégâts" en précipitant sa démission, note l'éditorialiste Onkgopotse Tabane dans les colonnes du quotidien Business Day.

"Le seul moyen de sauver l'ANC c'est de commencer par obtenir la démission du président Zuma et de se débarrasser de l'équipe qui l'entoure. Si ça ne se produit pas, le parti va avoir de gros problèmes dans le futur", confirme à l'AFP Koffi Kouakou, professeur à l'université du Wits, à Johannesburg.

Le deuxième mandat de M. Zuma est entaché par plusieurs scandales de corruption et de détournement d'argent public qui ont lassé une partie de son électorat.

"Lorsque l'opposition dit le mot corruption (ces scandales) résonnent au sein de la classe moyenne", reconnaît Gwede Mantashe, secrétaire général de l'ANC.

- Zuma peut-il tenir? -

Car c'est au sein de la classe moyenne urbaine que l'ANC a enregistré ses pertes les plus lourdes. Sur les six plus grandes métropoles du pays, le parti n'a obtenu la majorité absolue qu'à Durban (sud). 

"Il y a une tendance dans les villes à une baisse du soutien de l'ANC, avec des électeurs de plus en plus critiques et mal à l'aise avec ces scandales", note Daniel Silke. 

Officiellement, pour l'heure, les cadres de l'ANC ne prévoient pas de lâcher le président Zuma comme le parti l'avait fait avec son prédécesseur Thabo Mbeki, le poussant à la démission en 2008.   

Mais peuvent-ils se permettre d'attendre la fin de son mandat ou même le prochain congrès de l'ANC fin 2017, où le parti élira un nouveau chef?

L'hypothèse de voir l'ANC tomber sous la barre des 50% des voix aux élections de 2019, inimaginable il y a peu, est désormais crédible.

"M. Zuma est un combattant très doué, il ne partira pas sans se battre. Je pense qu'il va rester jusqu'à la fin de l'année 2017", prédit Richard Calland, professeur à l'université du Cap. 

Jacob Zuma n'est cependant pas la raison de tous les maux de l'ANC. Avec 0% de croissance prévue en 2016, plus de 26% de chômage et une devise très volatile, l'Afrique du Sud, économie la plus industrialisée d'Afrique, n'est plus la locomotive du continent. 

"Les piètres performances économiques du gouvernement jouent un rôle important et ajoutent à l'insatisfaction des électeurs", précise Daniel Silke.

Au pouvoir depuis 22 ans, la formation de Mandela doit désormais faire face à ses résultats et à la déception des attentes de la population noire après la fin de l'apartheid.

Dès vendredi, plusieurs cadres de l'ANC dont son vice-président, Cyril Ramaphosa, ont reconnu que le parti devait faire son "introspection". 

"L'ANC doit opérer la transition entre un parti de libération et une organisation politique moderne, responsable et à l'écoute", écrit Tebogo Khaas, un élu du parti à Johannesburg, dans l'hebdomadaire City Press. 

"Nous avons donné une leçon d'humilité à ce parti qui a été si arrogant. On peut le refaire en 2019", prévient Godrich Gardee, un député des Combattants pour la liberté économique, la troisième force du pays qui a largement grignoté l'électorat déçu par le parti au pouvoir. 

Un avertissement que l'ANC ne peut désormais plus se permettre d'ignorer. 

AFP

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