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La fraude menée par un groupe d'arnaqueurs nigérians atteindrait les 60 millions de dollars. PIUS UTOMI EKPEI / AFP
La fraude menée par un groupe d'arnaqueurs nigérians atteindrait les 60 millions de dollars. PIUS UTOMI EKPEI / AFP

Les 419 du Nigeria, toujours champions de l'arnaque en ligne

Un certain Mike, identifié comme un des patrons du détournement d'argent par mail, a été arrêté au Nigeria. Le pays reste tristement célèbre pour ses arnaqueurs.

Il s'appelle «Mike», il a quarante ans et il a besoin d'aide. C'est en tout cas le discours qui lui a permis de soutirer beaucoup d'argent à des milliers d'internautes à travers des spams. La police nigériane a arrêté lundi 1er août à Port Harcourt un des chefs présumés de l'arnaque en ligne et du «phishing», qui consiste à supplier des internautes de leur envoyer des fonds pour diverses raisons. Ou même pour installer des logiciels malveillants sur leurs ordinateurs.

Bien sûr, la majorité des gens est désormais familière avec cette ruse grossière et ne répond pas à ce genre de mails, qui leur promettent un rapide enrichissement ou jouent sur la corde sensible. Mais il suffit de quelques naïfs pour que les arnaqueurs – les «brouteurs» comme on dit en Côte d'Ivoire – fassent des bénéfices importants. Selon Interpol, la somme totale détournée par le réseau de Mike avoisine les 60 millions de dollars. «Dans un des cas, une victime s'est fait extorquer plus de 15 millions de dollars», rapporte un officier à la BBC.

«Des mois pour construire une relation»

Dans ce sport frauduleux, force est de constater que les brouteurs nigérians tiennent toujours la corde, comme l'explique le site Foreign Policy. À tel point que le site de l'ambassade américaine à Abuja a consacré une page entière pour prévenir les touristes ou les expatriés du risque. «La plupart des arnaqueurs prennent des mois pour construire une relation, explique l'ambassade sur son site. Une fois qu'ils ont gagné la confiance de leur victime, ils créent une fausse situation et demandent de l'argent. Ils peuvent créer des histoires tristes et crédibles pour vous forcer à leur envoyer de l'argent.»

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Dans une étude révélée par Slate.fr en 2012, Microsoft expliquait pourquoi les 419 (un numéro qui renvoie à l'article du code pénal nigérian concerné) utilisent systématiquement les mêmes termes désuets et un style caricatural: pour exclure les incrédules. «La meilleure stratégie est de faire en sorte que ceux qui possèdent cette qualité se désignent d’eux-mêmes», écrivait le chercheur Cormac Herley. Il ne reste alors que ceux qui n'ont pas conscience de l'arnaque.

«Le Nigeria est le pays des 419, c'est certain. La façon dont la police collecte les pots-de-vin ici est incroyable.»

«Certaines victimes ont été attirées au Nigeria, où elles ont été emprisonnées en plus d'avoir perdu beaucoup d'argent», révèle le FBI sur son site, repris par la BBC. Le réseau déployé par Mike s'étendrait au moins sur huit pays, comme l'Afrique du Sud, le Canada, la Malaisie ou les États-Unis. Le quadragénaire a été arrêté avec un de ses complices, mais la police entend encore trouver 40 personnes impliquées dans le business 419 de Mike.

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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