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Le tragique destin du Sodome et Gomorrhe ghanéen

A Accra, la capitale du Ghana, la dévastation des maisons, des canalisations et autres infrastructures après des inondations devient un «rituel» sinistre. C'est le point de vue qu'expose Elizabeth Ohene, une écrivain, journaliste, et ancien membre du gouvernement ghanéen. Elle publie une tribune sur le site de la BBC. Pour elle, les conséquences désastreuses des dernières inondations du 26 octobre au Ghana, qui ont provoqué la mort de cinq personnes, ne sont pas du tout une surprise:

«J’ai couvert les inondations à Accra depuis 1968. J’ai accompagné des ministres, des chefs d’Etats dans les zones sinistrées de la ville, je suis monté à bord d’un avion de l’armée pour observer l'ampleur des dégats, j’ai écrit des éditoriaux, j’ai été en colère», confie-t-elle. 

«Chaque année, quand il se met à pleuvoir et que l’eau détruit la ville, tout le monde dit qu’il faut démolir les constructions non autorisées. Mais dès que le soleil réapparait et que l’eau se retire, le ton change», poursuit-elle avec lassitude.

Symbole de ce statu quo, un bidonville qui n’a toujours pas été détruit, l’un des quartiers les plus anéantis par ces déluges à répétition: Sodome et Gomorrhe.

Pour Elizabeth Ohen, les autorités ne veulent pas prendre de mesures impopulaires. Lorsqu’elle appartenait au gouvernement en 2001, les quelques démolitions effectuées dans ce quartier délabré ont effectivement été fustigées par la presse:

«Je n’oublierai jamais les unes de journaux dénonçant un 'gouvernement insensible et cruel', ainsi que la flopée d’articles sur des veuves devenues sans domicile à cause de la démolition».

Alors, quand l’actuel Président de la République, John Atta-Mills, explique que «nous savons que les habitants doivent être relogés, mais cela doit se faire humainement», elle estime que cela est un prétexte à l’inaction car, pour l’écrivain, on ne peut pas démolir des habitations «humainement».

Par conséquent, Sodome et Gomorrhe n'est pas prêt de rencontrer son destin: la destruction. En attendant, ce bidonville continuera à subir les vagues d'inondations successives qui plongent ces habitants dans des conditions, pour le coup, plus qu'inhumaines.

Lu sur BBC 

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